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Actualité 27.01.2016

[ENTRETIEN] Cyber-assurance : quels grands enjeux face à l'émergence de la cyber-criminalité ?

Retour sur l’étude Ifop menée en septembre 2015 pour le cabinet d’audit et de conseil PwC sur le marché de la cyber-assurance avec Pauline Adam-Kalfon, Directrice chez PwC spécialiste du secteur de l'assurance, et Guy-Philippe Goldstein, Senior Analyst au Cyber-Desk de Wikistrat et co-auteur de l'étude.


PwC a mené avec l’Ifop une étude auprès des entreprises et des particuliers sur le marché de la cyber-assurance. Quels sont les grands enseignements de cette étude ? Y-a-t-il des différences notoires de comportements en terme de cyber-assurance entre les entreprises et les particuliers ?

Guy-Philippe Goldstein : « L’étude montre que le particulier est aujourd’hui plus sensible aux questions de cyber-sécurité et de cyber-assurance que les entreprises de petite taille – mais que cette sensibilisation augmente avec la taille. Le sentiment d’exposition au risque de cyber-sécurité varie lui-même selon les secteurs d’activité. Les services, bien sûr, mais aussi l’industrie se sentent aujourd’hui les plus exposés. Cela rejoint l’évolution observée de la menace ‘cyber’ aujourd’hui. »

Pauline Adam-Kalfon : « Le potentiel de développement du marché est très élevé au sein des particuliers : 64% des Français interrogés se disent prêts à souscrire à une police de cyber-assurance, alors que seuls 6% en possèdent déjà une. Il est effectivement intéressant de noter que les particuliers sont plus sensibles aux cyber-risques que les entreprises, puisque 60% des Français affirment y être exposés (contre 17% des entreprises, sachant que cette part descend à 14% pour les entreprises de moins de 200 000 euros de CA, et atteint en revanche 29% pour les entreprises dépassant le seuil de 1 million d’euro).
Le sentiment d’exposition au risque est nécessairement corrélé, pour partie, au fait d’avoir déjà eu à subir un acte de cyber-criminalité : 80% des particuliers déclarant qu’ils sont exposés à ce risque en ont été victimes dans l’année écoulée.
Si 40% des Français ne se sentent pas exposés aux cyber-risques, une large majorité (88%) reconnaît que le risque d’exposition au cours des deux prochaines années va augmenter et ce de manière importante pour 43% d’entre eux.
Sans aucun doute, les récents déboires ultra médiatisés de stars ayant subi des violations de vie privée ou tout simplement l’arrivée sur nos écrans de séries TV telles que : « Les experts Cyber » les interpellent. Il semblerait que lorsque la donnée concerne sa propre personne ou sa famille plutôt que l’entreprise dans laquelle on travaille, le risque qu’elle soit accessible sans son consentement paraît plus élevé. À l’inverse des entreprises, une minorité des Français (23%) estime le risque d’exposition trop faible pour engager une dépense de cyber-assurance.»


L’étude révèle notamment que seulement 5% des entreprises française et 6% des particuliers sont assurés contre les cyber-risques. Pourtant 64% des Français et plus de la moitié des entreprises seraient prêts à souscrire à une police d’assurance contre les cyber-risques. Comment expliquez-vous cela ? Pour quelle(s) raison(s) ne souscrivent-ils pas à une offre de cyber-assurance ?

Pauline Adam-Kalfon : « Les offres de cyber-assurance souffrent d’un manque de notoriété : 44% des Français, et 39% des entreprises, n’ont pas souscrit à ce type d’offre, non pas parce qu’ils ont le sentiment d’être prémunis contre ces risques, mais parce que cela ne leur est pas venu à l’esprit. De plus, il ressort de l’étude que 61% des dirigeants d’entreprise ne connaissent pas l’existence de la cyber-assurance.
Aussi, un effort de commercialisation est à fournir de la part des assureurs pour faire évoluer le marché de la cyber-assurance. À ce jour, une minorité d’entreprises se sont déjà vues proposer une telle offre par leur assureur : seulement 33% des dirigeants disent avoir été contactés au sujet d’une solution de cyber-assurance, dont 17% à plusieurs reprises.
Même son de cloche du côté des particuliers où seulement 41% des Français connaissent l’existence de ce type d’offre. Parmi ces derniers, 84% n’ont jamais été contactés par leur assureur pour se voir proposer des produits de cyber-assurance. »


Quels sont, selon vous, les grands enjeux pour les cyber-assureurs au regard des attentes des professionnels et des particuliers soulevées dans cette étude ?

Guy-philippe Goldstein : « L’étude souligne les enjeux nouveaux de ce marché. Elle révèle une appétence forte en France pour des produits de cyber-assurance tant au niveau des entreprises, y compris les plus petites, que des particuliers. La France n’échappe donc pas à l’émergence rapide d’un marché démarré aux États-Unis (environ 9/10ième des polices à date) et qui croît désormais de 30% à 40% par an au niveau mondial.
Les cyber-assureurs doivent répondre à cette demande en même temps qu’ils doivent développer l’offre. Mais comment identifier la ‘killer app’ du marché ?
Cela va nécessiter de repenser le produit – en particulier développer de nouveaux modèles de collection et d’analyse de données. Mais cela va requérir également de réfléchir peut-être à de nouvelles formes de pricing, sensibles par exemple à des comportements moins dangereux des utilisateurs ; et de nouveaux modes de distribution, éventuellement dans une collaboration plus étroite avec les éditeurs de cyber-sécurité de référence ou le reste des grands acteurs de l’écosystème digital. »


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