Les patients et les médecins : Regards croisés sur la Réforme de l'Assurance Maladie


Sondage Ifop-Teletech réalisé dans le cadre du XIIème Forum International de la gestion de la Santé 2006 pour Les Echos et le Quotidien du Médecin 15 novembre 2006


Deux ans après son adoption, 51% des Français approuvent la réforme de l'Assurance Maladie. Sont particulièrement saluées la mise en place du médecin traitant, la création d'une nouvelle carte vitale et celle à venir du Dossier Médical Personnel. Une majorité des assurés se dit toutefois sceptique quant à son efficacité, pour 55% d'entre eux en effet elle ne permettra pas à terme d'assurer durablement l'équilibre financier de l'Assurance Maladie. Les médecins libéraux pour leur part se montrent toujours critiques à l'égard de la réforme : 58% d'entre eux la désapprouvent et 83% jugent par ailleurs qu'elle ne permettra pas d'assurer dans le temps l'équilibre du système.


1. Les Français et la réforme de l’Assurance Maladie

Une réforme qui s’est principalement accompagnée d’une augmentation des coûts de santé pour le patient et dont on peine à reconnaître l’efficacité pour réduire le déficit de la Sécurité sociale.

Une forte majorité de Français estime que la réforme de l’Assurance Maladie mise en place en 2004 s’est avant tout traduite par une augmentation des coûts de santé, qu’il s’agisse des honoraires des médecins (86%) ou du tarif des complémentaires santé (64%). Cette augmentation des dépenses pour le patient ne s’est pas pour autant accompagnée d’une meilleure qualité et d’une plus grande facilité d’accès aux soins. Pour 46% des personnes interrogées, la réforme n’a eu aucun impact sur la qualité et l’accessibilité, quand plus d’un Français sur trois pense qu’elle a contribué à leur dégradation depuis 2004 (respectivement 33% pour la qualité de soins et 36% pour la facilité d’accès).

Les femmes et les personnes âgées de plus de 35 ans se montrent volontiers plus critiques que leurs homologues masculins et leurs cadets sur ces différents points. A l’inverse, les habitants de la Région parisienne sont moins nombreux à souligner les augmentations de honoraires médicaux et des complémentaires santé.

La réforme tarde, par ailleurs, à convaincre sur sa capacité à réduire le déficit de la Sécurité sociale. Seule une petite minorité (20%) pense que le déficit diminue en France aujourd’hui, quand ils sont encore 44% à déclarer qu’il augmente et 32% à le trouver inchangé. Sur ce point, le scepticisme croît essentiellement avec l’âge (36% des moins de 35 ans pense que le déficit continue d’augmenter contre 52% des plus de 65 ans).

Un déficit difficile à résorber mais des mesures qui, pour la majorité des Français, vont dans le bon sens et contribuent à la baisse des dépenses de santé.

Semi paradoxe, alors qu’on doute de l’efficacité de la réforme sur le déficit de la Sécurité sociale, la plupart des mesures prises dans le cadre de la réforme de l’Assurance Maladie sont majoritairement reconnues comme contribuant à la baisse des dépenses de santé et parfois même, de façon très marquée. Ce décalage s’explique sans doute non seulement par l’ampleur perçue du déficit, qu’un ensemble de mesures ne suffira de toutes façons pas à résorber, mais également par l’aspect très concret des mesures citées, dont les effets semblent d’autant plus faciles à appréhender.

Le développement des médicaments génériques arrive en tête avec 81% d’avis positifs (58% de « oui certainement » quant à la contribution de cette mesure à la baisse des dépenses). Signe encourageant pour l’avenir, les 18-24 ans sont particulièrement enclins à reconnaître l’efficacité du développement des génériques (91% contre 77% chez les plus de 50 ans). A l’inverse, les ouvriers se montrent légèrement plus sceptiques (79% d’avis positifs contre 88% chez les cadres), de même que ceux qui désapprouvent la réforme de l’assurance maladie (73% contre 88% parmi les partisans).

Suit le contrôle des arrêts de travail dont l’efficacité sur les dépenses de santé convainc plus des trois quarts des personnes interrogées (76%), au premier rang desquelles les hommes et les habitants de la région parisienne et du sud-ouest.

Les avis sont, en revanche, plus partagés s’agissant des autres mesures, qui constituent les principaux points de blocages vis-à-vis de la réforme, de par leur impact direct et financier sur les patients. Ainsi, seule une courte majorité reconnaît le rôle du « non remboursement de certains médicaments ou de certains actes » (56%) et du « versement d’1 euro non remboursé pour chaque consultation ou acte médical » (52%) dans la diminution des dépenses de santé. Les opinions sont bien plus tranchées chez ceux qui désapprouvent la réforme, puisqu’ils ne sont plus que 39% à reconnaître l’efficacité du non remboursement et 36% à souligner celle du versement d’un euro. Il faut sans doute voir ici le signe qu’une certaine partie de l’opinion freine fortement à l’idée d’une participation financière supplémentaire de la part des patients.

La mesure « phare » de la réforme, « le choix par les patients d’un médecin traitant unique » suscite également des avis mitigés. Elle contribue à réduire les dépenses pour 54% des personnes interrogées, alors qu’ils sont 45% à penser le contraire. Certains contrastes géographiques se font jour sur cette question : alors que les habitants de la région parisienne se montrent plus réservés quant à l’efficacité de cette mesure (46% d’avis positifs), celle-ci est davantage reconnue dans le sud (63% en région PACA).

Corollaire non seulement de la difficulté à conclure sur la diminution du déficit de la sécurité sociale, deux ans après, mais également du bilan mitigé des mesures clés de la réforme de l’assurance maladie (versement d’1 euro, choix d’un médecin traitant), les résultats révèlent une opinion très partagée quant à l’approbation de la réforme en général. 51% des Français déclarent l’approuver, quand ils sont 47% à la désapprouver. On remarque cependant des soutiens plus forts parmi les hommes (55% contre 46% chez les femmes), chez les moins de 35 ans et chez les cadres (59% contre 47% chez les ouvriers).

Le médecin traitant : une mesure actée, majoritairement respectée et dont on reconnaît les effets bénéfiques en matière de suivi médical.

Quels que soient les avis exprimés, deux ans après l’instauration de la réforme, la mise en application du médecin traitant semble à la fois effective, puisque plus de 9 Français sur 10 (91%) ont déclaré un médecin traitant à leur Caisse Primaire d’Assurance Maladie, et majoritairement respectée, puisque 81% des Français ayant un médecin traitant ont tendance à le consulter systématiquement avant de voir un autre médecin spécialiste. Les femmes (95%), les plus de 35 ans (94%) mais également les cadres (94%) sont parmi les plus nombreux à avoir déclaré un médecin traitant. Quant au respect du parcours de soin, il enregistre des différences notables entre les régions, les habitants de la région parisienne le respectant moins volontiers (70%) que leurs voisins de l’Est (92% en Champagne, 90% en Alsace).

Par ailleurs, si l’effet bénéfique de cette mesure sur le déficit de la Sécurité sociale tarde encore à convaincre, son impact sur le suivi médical suscite l’approbation d’une assez forte majorité. Ainsi, pour 67% des personnes qui ont déclaré un médecin traitant, la mise en place de cette mesure améliore le suivi médical, dont 36% de « tout à fait » convaincus.

Dans le détail, alors même que les femmes sont plus nombreuses à avoir déclaré un médecin traitant (95% contre 86% de leurs homologues masculins), les hommes paraissent à la fois plus soucieux de respecter le parcours de soins (85% consultent systématiquement leur médecin traitant avant d’aller voir un autre médecin contre 78% chez les femmes) et plus enclins à reconnaître l’impact de ce dispositif sur le suivi médical (75% d’avis positifs contre 60% chez les femmes).

Des pratiques hétérogènes en matière d’achat de médicaments sans ordonnance, cependant, le remboursement de ces médicaments par l’assurance maladie ou les complémentaires santé constituerait une incitation à l’automédication pour près d’un tiers des Francais.

Moins de la moitié des personnes interrogées (47%) déclare acheter des médicaments sans ordonnance, dont 16% « souvent » et 31% « de temps en temps ». Elles sont 29% à le faire « rarement » et 24% ne l’ont jamais fait. Les femmes sont bien plus familières de ce genre d’achat (57% achètent des médicaments sans ordonnance dont 20% « souvent », contre 36% des hommes), ainsi que les habitants de la région parisienne.

Si l’assurance maladie ou les complémentaires prenaient en charge le remboursement de certains médicaments achetés directement en pharmacie sans ordonnance, 35% des Français seraient tentés d’aller moins souvent chez le médecin et d’acheter les médicaments dont ils ont besoin directement à la pharmacie. Une large majorité (64%) et plus encore les personnes âgées de 65 ans et plus (74%) continuerait à se rendre systématiquement chez le médecin pour qu’il leur prescrive les médicaments.

Ce genre d’incitation financière sensibilise davantage les femmes  (42%), les cadres (44%) et les personnes âgées de 25 à 34 ans (41%) essentiellement.

Un dossier médical personnel plébiscité, une nouvelle carte vitale tout à fait souhaitable, mais quelques réserves à l’égard d’une politique de remboursement encore plus restrictive.

S’agissant des mesures envisagées à plus ou moins long terme, dans le cadre de la réforme de l’Assurance Maladie, la mise en place d’un dossier médical personnel qui comportera l’ensemble des prescriptions médicales antérieures est celle qui suscite le plus l’adhésion. Plus de huit Français sur dix (86%) y sont favorables, dont 44% de « tout à fait » favorables. Le niveau d’adhésion est particulièrement élevé chez les jeunes de 18 à 24 ans, sans doute du fait de la modernité d’un tel outil, ainsi que parmi ceux qui apprécient l’impact du médecin traitant sur le suivi médical, le DMP s’inscrivant sans doute à leurs yeux dans la même logique.

Près des trois quarts des personnes interrogées (74%) accueillent également positivement la création d’une nouvelle carte vitale comportant une photo, 45% y sont même « tout à fait » favorables. Cependant, les oppositions à l’égard de cette mesure s’expriment avec plus d’intensité, puisque 17% des personnes interrogées se déclarent « tout à fait » opposées à cette nouvelle carte vitale. Les oppositions se révèlent plus exacerbées chez les moins de 35 ans, ainsi que dans certaines régions comme dans le Nord, en Alsace ou encore dans les Pays de Loire.

Sans doute parce qu’elle s’interprète comme un effort financier supplémentaire pour le patient, la poursuite d’une politique de remboursement plus sélective des médicaments et des actes médicaux recueille, quant à elle, une adhésion moindre et semble quelque peu diviser l’opinion. Si une courte majorité (53%) approuve cette mesure, ils ne sont plus que 22% à l’approuver « tout à fait ». A l’inverse, parmi les opposants, la plus grande part s’observe chez les « tout à fait » opposés, qui constituent plus d’un quart de notre échantillon (26%). Les femmes se montrent plus réticentes à ce genre de mesure que les hommes, tout comme les cadres dont seulement 39% approuvent cette mesure contre 58% parmi les professions intermédiaires et 60% chez les employés.

Si les Français sont sans doute conscients des efforts supplémentaires auxquels il faudra consentir, reste qu’ils expriment quelques réticences à passer à l’acte. Ainsi, à la question de savoir s’ils se sentent personnellement prêts à faire un nouvel effort financier pour participer à l’équilibre du système de santé, 54% répondent par la négative, dont 39% qui campent sérieusement sur leurs positions en se disant « pas du tout » prêt. Les plus disposés à effectuer un nouvel effort financier se recrutent parmi les plus jeunes (50% des moins de 35 ans), ainsi que parmi ceux qui approuvent la réforme et croient en l’impact du médecin traitant sur le suivi médical. En terme de CSP, il est intéressant de remarquer que les ouvriers (48%) témoignent d’une plus grande disposition à faire un nouvel effort que les autres et notamment que les artisans et chefs d’entreprise (38%).

Un dossier médical personnalisé qui offre un meilleur suivi du patient mais dont on ne semble pas toujours bien saisir les enjeux et dont on craint surtout qu’il vienne mettre à mal le secret médical.

Si l’on adhère au dossier médical personnalisé, c’est avant tout pour le meilleur suivi du patient qu’il permet. Plus de neuf Français sur dix (91%) approuvent cette idée, et plus de la moitié (54%) sont « tout à fait » d’accord sur ce point. Le dossier médical personnalisé présentent également un autre avantage, celui de contribuer à la baisse des dépenses de santé, en évitant de prescrire à plusieurs reprises les mêmes examens (77%).

L’idée de rendre obligatoire ce dossier médical pour pouvoir bénéficier d’un remboursement complet des médicaments et actes médicaux, bien que majoritairement approuvée (63%), suscite davantage de réserves puisque 22% déclarent ne pas être du tout d’accord avec ce principe. Les cadres se montrent particulièrement sceptiques, puisqu’ils sont 49% à désapprouver cette mesure.

Quant aux enjeux sur les modalités concrètes de ce dossier et sur les problèmes de confidentialité des données, les avis sont encore plus partagés et les oppositions plus exacerbées, preuve qu’il s’agit là d’un débat sur lequel certains ont du mal à se positionner, quand une minorité s’inscrit déjà dans le refus catégorique. Si 58% des Français approuvent la possibilité laissée au patient de masquer certaines données médicales, un quart rejette totalement cette éventualité. L’idée selon laquelle le DMP représente un danger en matière de secret médical divise encore plus l’opinion. 46% des interviewés adhèrent à cette opinion contre 52% exprimant un avis contraire.

Une certaine difficulté à croire en l’efficacité à long terme de la réforme de l’Assurance Maladie.

Plus d’un Français sur deux (55%) se montre pessimiste quant à la capacité de cette réforme d’assurer durablement l’équilibre financier de l’Assurance Maladie. 42% pensent au contraire que cette réforme parviendra à atteindre cet objectif à plus ou moins long terme, ils ne sont cependant qu’une faible minorité à en être totalement convaincus (12% de « Certainement »). Relativement disposés à consentir un nouvel effort financier, les jeunes sont aussi parmi les plus confiants quant aux effets de la réforme sur l’équilibre de la sécurité sociale, 52% des moins de 35 ans (dont 62% des 18-24 ans) pensent qu’elle permettra d’atteindre cet objectif.

Ainsi, si certaines mesures sont désormais acceptées par les assurés, reste que la confiance des Français dans la capacité de la réforme à résorber le déficit des dépenses de santé demeure très fragile.

Les améliorations perçues à ce jour, en terme de suivi médical notamment, et l’adhésion franche à certains axes futurs de la réforme telle que la mise en place du DMP ne doivent cependant pas masquer la persistance de certaines réticences à s’impliquer davantage financièrement à l’avenir.

2. Les médecins et la réforme de l’Assurance Maladie

Un constat mitigé des effets de la réforme deux ans après sa mise en place.

Deux ans après sa mise en place, les médecins émettent des jugements mitigés quant au bilan de la réforme de l’Assurance Maladie. Si 37% d’entre eux s’accordent à penser que cette réforme permet une réduction effective du déficit de l’Assurance Maladie, 31% estiment à l’inverse que ce déficit a augmenté au cours des dernières années. 29% enfin pensent qu’il n’y a pas eu d’évolution.

Les divergences d’appréciation entre médecins généralistes et médecins spécialistes sur ce point témoignent largement de l’absence de consensus à ce jour quant à l’atteinte de cet objectif et de l’importance des réflexes catégoriels et des corporatismes sur le sujet : 46% des généralistes perçoivent un impact positif de la réforme sur la limitation des dépenses de santé contre 24% seulement de leurs confrères spécialistes, beaucoup plus nombreux à mettre en avant l’accroissement du déficit (40%).

On relève par ailleurs un clivage marqué selon l’ancienneté d’exercice, les plus anciens se montrant plus sévères que leur plus jeunes confrères (29% seulement de ceux qui exercent depuis 30 ans ou plus perçoivent un impact positif de la réforme sur le déficit de l’Assurance Maladie contre 42% de leurs jeunes confrères).

Le consensus apparaît plus clairement quant à l’effet inopérant voire néfaste de la réforme sur la qualité et la facilité d’accès aux soins. En effet, près d’un médecin sur deux déclare que les différentes mesures mises en place ont engendré une dégradation de la qualité des soins (48%) et de l’accès aux soins pour les assurés sociaux (51%) alors que 36% et 39% respectivement estiment que la situation n’a pas changé.

En dépit de constats plus homogènes, certaines différences persistent sur ces deux aspects, liées notamment à l’âge des médecins interrogés. Plus septiques que leurs jeunes confrères quant à l’amélioration financière portée par la réforme, les plus âgés sont en revanche plus nombreux (quoique minoritaire) à relativiser un effet négatif de la réforme sur la qualité des soins (43% perçoivent une détérioration contre 52% au sein des plus jeunes).

La perception d’une contribution variable des différentes mesures adoptées à la réduction des dépenses de santé.

La contribution de différentes mesures mises en place dans le cadre de la réforme à la réduction des dépenses de santé s’apprécie de manière variable. Le contrôle des arrêts de travail apparaît, pour une large majorité de médecins interrogés (86% dont 56% de « Oui, certainement »), comme la mesure la plus effective en ce sens. Viennent ensuite le développement des médicaments génériques, jugé efficace par 74% et le non remboursement de certains médicaments ou de certains actes médicaux (69%, jusqu’à 73% au sein des spécialistes et des médecins dont le nombre de patients hebdomadaire est égal ou supérieur à 150).

Le versement d’1 euro non remboursé pour chaque consultation ou acte médical suscite des jugements plus partagés (56% d’avis positifs). Notons que le potentiel d’efficacité accordé à cette mesure décroît avec l’âge et l’ancienneté d’exercice et apparaît sensiblement plus aléatoire du point de vue des spécialistes, moins en soutien à l’égard de cet aspect (53% contre 58% des généralistes).

Enfin, moins d’un médecin sur deux (49%) s’accorde à penser que le choix par les patients d’un médecin traitant unique constitue une mesure à même de produire des résultats significatifs sur la limitation des dépenses de santé. Les spécialistes se montrent les plus critiques sur ce point (53% d’avis négatifs contre 48% au sein des généralistes) de même que les médecins exerçant en région parisienne (66% contre seulement 33% qui y voient un potentiel d’efficacité).

Corollaire de ces appréciations mitigées, les résultats révèlent, à l’heure des premiers bilans, une adhésion minoritaire des médecins à la réforme de l’Assurance Maladie. Parmi les catégories les plus en soutien, on retrouve les médecins généralistes (44% contre 34% des spécialistes) et les hommes (45% contre 27% des femmes). L’adhésion à la réforme, tout en restant minoritaire, croît également en fonction du nombre d’années d’exercice et du nombre de patients. La région laisse également apparaître de forts contrastes, avec des niveaux de désapprobation nettement plus élevés en région parisienne et dans la région PACA (67% et 65% respectivement) que dans les régions Nord Est ou Sud Ouest notamment.

Un impact de la réforme relatif sur les parcours de soin et le nombre de consultations du point de vue des médecins.

Interrogés sur l’évolution perçue du nombre de consultations depuis la mise en place du médecin traitant et des nouvelles conditions tarifaires, les médecins dressent un double constat : une augmentation sensible des consultations auprès de généralistes et parallèlement une diminution significative de celles auprès de spécialistes.

Mécaniquement générée par les nouvelles dispositions relatives à l’obligation de déclarer un médecin traitant à l’Assurance Maladie, la hausse des consultations auprès des généralistes est mise en avant par 31% des médecins interrogés (24% des spécialistes et 41% des généralistes) alors que 47% ne perçoivent aucun changement significatif à ce niveau. La perception d’une augmentation du nombre de consultations auprès de généralistes est plus répandue en région parisienne et PACA et également auprès de ceux qui désapprouvent la réforme de l’Assurance Maladie.

La proportion des consultations dans le cas de maladies bénignes ne semble pas soumise au même mouvement, 57% des médecins estimant que leur nombre est resté stable.

L’impact de la nouvelle réglementation tarifaire et de l’encadrement du parcours de soin semble beaucoup important en ce qui concerne le nombre de consultations auprès de spécialistes. 57% (53% des généralistes et 61% des spécialistes) s’accordent en effet à penser que leur nombre a diminué contre 29% qui ne mesurent aucune évolution.

Ce sont les spécialistes eux-mêmes (61%), les médecins âgés de 51 à 55 ans (64%) et ceux exerçant dans le quart Nord Ouest de la France qui sont les plus nombreux à mettre en avant cette diminution du nombre de consultations auprès de spécialistes. Enfin, notons que cette perception s’atténue à mesure que le nombre de patients hebdomadaire augmente (62% des médecins ayant de 50 à 99 patients par semaine partagent cette opinion contre 54% de ceux dont le nombre de patients est égal ou supérieur à 150).

Amenés à considérer leur situation personnelle, 17% des médecins déclarent que le nombre de leurs consultations a eu tendance à augmenter, 23% à diminuer alors qu’une majorité ne font état d’aucune évolution significative.

La hausse des consultations concerne davantage les médecins généralistes (21%), ceux qui exercent dans le Nord-Est (22%) et dont le nombre de patients est élevé (23% des médecins dont le nombre de patients est égal ou supérieur à 100). A l’inverse, ce sont les spécialistes (32%) et principalement les médecins les plus âgés (32% auprès des personnes âgées de 56 et plus) et/ou anciens (33% de ceux qui exercent depuis 30 ans ou plus) qui semblent le plus pâtir d’une diminution du nombre des consultations.

Si les médecins partagent un scepticisme majoritaire quant à l’efficacité de la mise en place du médecin traitant sur la limitation des dépenses de santé, ils sont en revanche 56% à penser que ce principe de la consultation préalable du médecin traitant est systématiquement observé par les patients (56%) contre 39% qui estiment que les patients n’hésitent pas dans certains cas à voir un autre médecin en assumant les coûts supplémentaires occasionnés.

Notons que les spécialistes sont plus nombreux que leurs confrères généralistes à faire état de ce type de comportements (49% contre 31%). Au regard de leur propre expérience, 42% affirment par ailleurs qu’en pratique, un nombre non négligeable de patients les consultent directement sans être passer en amont par leur médecin traitant.

Dans l’absolu, l’impact de cette disposition sur le suivi médical divise profondément les médecins. En effet, si 54% des médecins généralistes semblent convaincus de la contribution positive de cette mesure au suivi médical des patients, seuls 29% des spécialistes partagent le même avis (contre 69% qui partagent un avis contraire).

La réforme de l’Assurance Maladie a engendré au-delà d’une modification progressive du comportement des patients, des changements de pratiques de la part des médecins eux-mêmes et plus précisément des médecins généralistes. Les évolutions les plus significatives concernent la diminution des visites à domicile (53%), celle des prescriptions de médicaments déremboursés (53%) et dans une moindre mesure celles d’antibiotiques, anti-cholestérol…(41%). Seule la réduction du nombre d’arrêts de travail s’inscrit à un niveau significativement inférieur (28% contre 66% qui déclarent ne pas avoir diminué le nombre d’arrêts délivrés).

Une adhésion majoritaire à la mise en place du DMP en dépit des contraintes qu’il peut engendrer.

71% des médecins sont favorables à la mise en place d’un dossier médical personnalisé qui comportera l’ensemble des prescriptions médicales antérieures des patients contre 28% qui y sont opposés. Les autres mesures à venir telles que la création d’une nouvelle carte vitale avec photo ne recueillent l’adhésion que d’une courte majorité (52%). Enfin, seuls 44% des médecins se disent favorables à la poursuite d’une politique de remboursement plus sélective des médicaments et des actes médicaux contre 51% qui s’y opposent.

A l’exception de la création du DMP qui semble faire consensus, les plus jeunes praticiens sont généralement plus nombreux que leurs confrères à s’opposer aux autres projets futurs associés à cette réforme. De la même manière, les médecins les plus réfractaires à la réforme d’une manière générale sont également ceux qui s’opposent le plus à ces mesures à venir. Enfin, les spécialistes, plus critiques que les généralistes sur le bilan des deux premières années écoulées et moins enclins à soutenir la réforme (un tiers d’entre eux seulement s’y disent favorables) semblent a contrario plus ouverts à ces mesures futures.

Parmi les principaux bénéfices associés à la mise en place du Dossier Médical Personnalisé, les médecins mettent en avant la possibilité d’un meilleur suivi du patient (74% contre 24% qui partagent un avis contraire) et au-delà, une contribution effective à la baisse des dépenses de santé (65%). Ces évolutions positives ne doivent toutefois pas masquer certains inconvénients qui lui sont d’ores et déjà reconnus.

D’une part, 68% des médecins soulignent que le DMP représente un danger en matière de confidentialité des données et de secret médical, risque d’autant plus mis en avant qu’on exerce depuis longtemps. A ce titre, 52% se prononcent en faveur de la possibilité, pour le patient de masquer certaines données médicales.

D’autre part, une large majorité d’entre eux s’accordent à penser que ce projet entraînera une surcharge de travail pour le médecin (87% dont 66% de « tout à fait d’accord »), 66% (jusqu’à 71% des généralistes) s’expriment d’ailleurs en faveur d’une incitation financière pour les praticiens, à l’utiliser.

Notons que si les médecins les plus anciens sont les plus enthousiastes quant aux bienfaits de cette mesure, tant pour l’amélioration du suivi médical (86% contre 69% auprès de ceux qui ont 10 à 19 ans d’ancienneté) que pour la réduction du déficit de l’Assurance Maladie (82% contre 58%), ils sont également nettement plus attentifs au danger que peut représenter un tel outil pour le secret médical (74% contre 57%) sans toutefois encourager significativement plus que les autres la possibilité de masquer certaines données.

L’absence d’embellie pour l’avenir

Enfin, parmi les alternatives envisagées pour résoudre les problèmes de démographie médicale dans les zones sous-médicalisées, aucune ne semble à même de convaincre pour le moment une majorité de médecins. Ces derniers affichent en effet des opinions extrêmement divisées quant aux solutions à apporter : 39% pensent que seule une remise en cause de la libre installation ou du conventionnement systématique pourront permettre, à terme, de réduire les problèmes de démographie médicale dans les zones sous-médicalisées alors que 32% estiment que la mise en place de certaines mesures telles que des incitations tarifaires, aides fiscales, aides à l’installation… seront suffisantes pour pallier à ce problème. Enfin, 29% n’expriment aucun avis sur la question.

A l’instar du pessimisme affiché par les médecins quant aux résultats tangibles issus des mesures mises en place deux ans après la réforme, la vision de l’avenir n’est guère plus positive . Ainsi, en dépit du bien fondé de certains aspects prévus par la réforme, au premier rang desquels le DMP, aucune embellie ne semblent se dessiner, à terme, du point de vue des médecins : 83% (dont 44% de « certainement pas) pensent en effet que cette réforme ne permettra pas à terme d’assurer durablement l’équilibre financier de l’Assurance Maladie contre seulement 15% qui se disent optimistes. Cette perspective est massivement partagée par l’ensemble des catégories de personnes interrogées. Notons que même au sein des partisans de la réforme, les mesures envisagées semblent insuffisantes, pour 69% d’entre eux.

Le faible crédit accordé à cette mesure par les médecins s’inscrit dans le prolongement logique d’une opposition soutenue, dans des proportions équivalente en amont à la mise en place de la mesure. En janvier 2005, un sondage Ifop réalisé pour le Quotidien du Médecin révélait que 53% des médecins adhérents au programme de télétransmission des feuilles de soin de l’Assurance Maladie géré par Réseau Santé Social se disaient opposés à la mise en œuvre de cette disposition.

Consulter les résultats de l'étude

Fiche Technique pour le sondage Les Français et la Réforme de l'assurance maladie :

Échantillon de 946 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées. Du 16 au 23 octobre 2006.

Fiche Technique pour le sondage Les Médecins et la Réforme de l'assurance maladie :

Échantillon de 338 médecins dont 186 généralistes et 152 spécialistes, représentatif des médecins libéraux. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (généraliste / spécialiste, sexe, âge) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone. Du 16 au 24 octobre 2006.

 

 

 

 
Contact :
Frédéric DABI : Directeur du Département Opinion Publique
Magalie GERARD : Directrice d'Etudes au Département Opinion Publique
Perrine LE CALVE : Directrice du Département Santé
Alain RENAUDIN : Directeur Général Adjoint
Tél : 33 (0)1 45 84 14 44
Fax: 33 (0)1 45 85 59 39
Ce document présente les résultats d'une étude réalisée par l'Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l'enquête par sondage. Les enseignements qu'elle indique reflètent un état de l'opinion à l'instant de sa réalisation et non pas une prédiction.

Aucune publication totale ou partielle ne peut être faite sans l'accord exprès de l'Ifop.