Les intentions de vote au référendum sur la Constitution Européenne
Sondage Ifop - Le Journal du Dimanche 30 avril 2005
Fiche technique
Echantillon de 795 personnes, inscrites sur les listes électorales issu d’un échantillon de 963 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées. Le 28 avril 2005.
Avertissement: L’Ifop rappelle que les résultats de cette enquête doivent être interprétés comme une indication significative de l’état des rapports de force actuels.
En aucun cas, ces résultats ne constituent un élément prédictif des résultats le jour du vote pour le référendum.
Le commentaire du sondage par Jean-Luc Parodi(*)
(*)Directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques, Consultant Ifop.
Après six mois de mobilisation régulière des «non» et d’effritement des «oui» mous des débuts de campagne, la nouvelle enquête Ifop-JDD enregistre pour la première fois un retournement de tendance, net mais encore insuffisant pour renverser le verdict. L’incertitude d’un petit tiers des électeurs et les raisons de cette incertitude, que révèle l’analyse des réponses des personnes interrogées, donnent donc aux quatre semaines qui viennent une importance décisive.
Une remontée nette mais insuffisante. Descendu à 45% puis à 44% au lendemain de l’émission de Jacques Chirac, le «oui» s’est nettement redressé à 48% (+4) contre 52% pour le «non», toujours majoritaire. C’est la première fois depuis le début de la campagne que s’inverse le mouvement de baisse puis d’effondrement des premiers mois de l’année. La remontée est particulièrement sensible chez les sympathisants UMP (+12) – l’intervention présidentielle aurait-elle produit ses effets à retardement? – et plus encore chez les socialistes (+16) où, début de campagne aidant, le «oui» est redevenu majoritaire (54% - 46%). Comme un quart des sympathisants UDF manquent encore à l’appel – du travail pour François Bayrou! – et que les Verts restent toujours aussi divisés (40-60), le suspense reste entier mais le handicap est toujours pour le «oui».
Une incertitude toujours décisive. Quand il suffit de 2% d’électeurs changeant d’intention de vote pour renverser le rapport de forces, une incertitude de 30% des électeurs constitue toujours la variable clé. Les partisans du «non» sont toujours plus mobilisés, 26% seulement disant pouvoir encore changer d’avis: ceux du «oui» sont au contraire plus indécis, 34% envisageant un tel changement. Au total, les plus hésitants sont les plus jeunes (49% chez les 18-24 ans), les sympathisants Verts (45%) et socialistes (41%) – pris en tenaille entre leur européanisme traditionnel et leur mécontentement présent –, les professions intermédiaires et les ouvriers (40%). Mais cette hésitation s’articule aussi autour des interrogations que suscite chez ces indécis la procédure même du référendum sur leurs compétences et leurs responsabilités.
Les incertains du «oui»: le texte, la campagne, l’emploi, l’Europe. Qu’est-ce qui fait encore hésiter les indécis du «oui»? D’abord le scrupule (qui peut être aussi une fuite) d’attendre la Constitution: «Tant qu’on n’aura pas reçu le texte…», «J’attends de recevoir le petit livret…». Lucide, cette électrice précise: «On attend ce fameux livre mais, bien sûr, on n’aura pas le temps de le lire.».
Cette litanie de la lecture nécessaire et du choix difficile – litanie émouvante dans cette aspiration à être citoyen et cette inquiétude de n’y pas parvenir (inquiétude soluble, bien sûr, dans l’abstention) – se renforce encore par la campagne des «oui» et des «non» (et une certaine perte des repères partisans habituels): «Il y a des arguments de chaque côté; j’ai envie de faire le bon choix.» D’où l’importance ravivée de ce que la sociologie électorale appelle les «amis et voisins»: «J’écoute les débats et les amis qui me font pencher des deux côtés».
Sur le fond, les perplexités portent plus sur l’Europe que sur la Constitution: d’abord l’Europe du travail, de la «garantie de l’emploi: on est une main-d’œuvre chère»; la «crainte que les choses soient tirées vers le bas»; «Pour les chômeurs, je me demande si cette Constitution va changer quelque chose»; l’Europe de l’élargissement: «A cause de l’inégalité des Etats, je ne suis pas sûr qu’ils arrivent à nous égaler»; l’Europe des frontières enfin et de la Turquie frappant à la porte. Comme le synthétise cette électrice: «Si on écoute son cœur, on vote non, si on écoute la tête, c’est oui.».
Les incertains du «non»: l’inconnu, le blanc-seing, le référendum, l’Europe. Les interrogations civiques des indécis du «non» rejoignent celles des «oui». D’abord le «non» comme refus de l’inconnu: «J’attends les documents, sinon je vote “non”»; «Dans ma tête, ce n’est pas clair, et je ne veux pas voter n’importe quoi.» Refus aussi de la délégation du pouvoir: «Cette Constitution n’est pas lisible: c’est trop compliqué; c’est comme si je donnais un blanc-seing.» On trouve aussi de la colère anti-référendaire: «C’est un procédé inadmissible et antidémocratique: on ne donne pas à voter sur un texte que la majorité ne comprend pas.» Poussé à l’absurde, l’argument anti-référendaire en arrive à cette merveilleuse interrogation d’un commerçant sympathisant UDF: «Pourquoi un référendum s’ils veulent qu’on vote oui?».
Mais c’est naturellement l’Europe, la construction européenne qui fait le plus hésiter ces indécis du«non»; l’argument de «la France à la traînede l’Europe » est cité: «Ce qui est positif, c’est de vouloir l’union de l’Europe; et ce qui est négatif, c’est le côté commercial qui paraît dominer.». D’où des électeurs divisés sur eux-mêmes: «Je suis pour (l’Europe) mais je suis contre le gouvernement actuel, donc je vote «non»; après, je pense qu’il faudrait voter «oui.»Ou encore cet indécis du «non» qui… voudrait être convaincu du «oui»: «J’attends des explications plus percutantes de la part de ceux qui voudraient qu’on vote «oui».
A écouter ces électeurs citoyens, on comprend mieux l’écart qui existe entre cette petite croix dans une case qui, additionnée à d’autres petites croix, va donner les 48% et les 52% que l’on dit «d’intentions» de vote, et tout ce que cache de complexe, de contradictoire, de délibération interne chacune de ces «intentions». Ce qui est redire d’une autre manière que les jeux restent totalement ouvertes pour le scrutin du 29 mai.
Les intentions de vote
Question:Si dimanche prochain avait lieu le référendum sur le projet de constitution européenne voteriez-vous pour le oui ou pour le non ?
| Rappel ensemble des Français 3 et 4 février 2005 | Rappel ensemble des Français 3 et 4 mars 2005 | Rappel ensemble des Français 2 et 4 mars 2005 | Rappel ensemble des Français 31 mars et1 er avril 2005 | Rappel ensemble des Français 15 avril 2005 | Ensemble 28 avril 2005 | |
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
|
Pour le oui |
61 |
58 |
47 |
45 |
44 |
48 |
Pour le non |
39 |
42 |
53 |
55 |
56 |
52 |
TOTAL |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
- Ne se prononcent pas |
11 |
12 |
10 |
9 |
12 |
10 |
Les intentions de vote
Question:Si dimanche prochain avait lieu le référendum sur le projet de constitution européenne voteriez-vous pour le oui ou pour le non ?
|
Ensemble |
Sympa-thisants |
Sympa-thisants |
Sympa-thisants Verts |
Sympa-thisants UDF |
Sympa-thisants UMP |
Sympa-thisants FN/MNR |
|
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
|
Pour le oui |
48 |
3 |
54 |
40 |
73 |
84 |
12 |
Pour le non |
52 |
97 |
46 |
60 |
27 |
16 |
88 |
TOTAL |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
La sûreté du choix
Question:Et diriez-vous que vous êtes sûr de votre choix ou que vous pouvez encore changer d’avis ?
|
Rappel Ensemble des Français |
Ensemble des Français |
Electeurs déclarant voter oui |
Electeurs déclarant voter non |
|
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
|
Sûr de son choix |
69 |
70 |
66 |
74 |
Peut encore changer d’avis |
31 |
30 |
34 |
26 |
- Ne se prononcent pas |
- |
- |
- |
- |
TOTAL |
|
100 |
100 |
100 |
| Contact : |
| Frédéric DABI et Jérôme FOURQUET |
| Département d'Opinion Publique |
| Tél : 33 (0)1 45 84 14 44 |
| Fax: 33 (0)1 45 85 59 39 |
|