Les Français et l’Etat d’Israël
Sondage Ifop - Le Nouvel Observateur 7 mai 2008
Réalisé à l'approche des cérémonies marquant le 60ème anniversaire de l'Etat d'Israël, notre sondage pour le Nouvel Observateur livre des enseignements intéressants sur l'état de l'opinion à l'égard du conflit israélo-arabe. Ermegent ainsi un pessimisme marqué des Français à l'égard de la résolution d'un conflit, perçu toutefois comme moins anxiogène, des relations franco-Israéliennes jugées au beau fixe et l'attente d'une politique diplomatique française équilibrée.
Principaux enseignements
Un pessimisme marqué à l’égard de la résolution d’un conflit, perçu toutefois comme moins anxiogène. Un très nette majorité des personnes interrogées (69%) ne croit pas en la possibilité d’une paix durable entre Israël et la Palestine au cours des dix prochaines années. Ce pessimisme à l’encontre du plus ancien conflit international depuis la fin de la seconde guerre mondiale suscite une fracture générationnelle : moins d’un quart des jeunes âgés de moins de 35 ans juge la paix possible entre Israël et les Palestiniens alors que cette croyance progresse au fur et à mesure de l’avancée en âge pour culminer à 45% au sein des personnes âgées de plus de 65 ans (à savoir une génération qui d’une part a vécu les guerres israélo-arabes et qui tend peut-être à relativiser les affrontements actuels, et chez qui d’autre part le pronostic se confond sans doute avec le souhait d’une paix durable).Notons que l’optimisme quant à une résolution prochaine du conflit s’avère aussi ténu chez les sympathisants socialistes (33%) que parmi ceux de l’UMP (30%). Seuls les proches du Parti Communiste sont une majorité à croire à une paix durable (63%). Pour autant, en dépit de ce pessimisme, la préoccupation de l’opinion publique française par rapport à ce conflit semble s’être relâchée. En effet, 63% des interviewés considèrent que la situation actuelle au Moyen-Orient présente peu (55%) ou pas (8%) de risques du tout de guerre mondiale. En 1967, aux premiers jours de la guerre des 6 jours, qui plus est dans un contexte où les Etats-Unis et l’URSS s’affrontaient indirectement au Proche-Orient par Israël et Pays arabes interposés, une majorité de Français (54%) interrogés par l’Ifop estimaient que le risque d’un embrasement mondial du conflit était grand. Aujourd’hui, 37% partagent ce sentiment, soit une fraction minoritaire mais non négligeable de l’opinion.
Des relations franco-Israéliennes jugées au beau fixe. 72% des personnes interrogées considèrent que les relations entre la France et Israël sont bonnes alors que 28% pensent qu’elles sont mauvaises. Cette perception harmonieuse du couple franco-israélien, intervenant après les phases de tensions des années 1990 et 2000, est encore plus marquée parmi les personnes âgées de plus de 65 ans (82% contre 59% chez les plus jeunes) et chez les sympathisants du parti présidentiel (UMP : 81% contre 66% au PS).L’attente d’une politique diplomatique française équilibrée. La période qui prévalait jusqu’à la guerre des 6 jours d’une opinion publique française largement favorable à Israël semble bien révolue. Le terme « équilibre » symbolise en effet aussi bien la posture des Français à l’égard des protagonistes du conflit proche-oriental que leurs attentes à l’égard de la politique française. Ainsi, l’énorme majorité des personnes interrogées (85%) considère que l’intérêt de la France dans cette région réside dans des liens avec les pays arabes comme avec Israël. Seuls 12% appellent de leurs vœux une stratégie uniquement tournée vers les pays arabes. Une proportion encore plus marginale (2%), qui plus est en net recul par rapport à une enquête Ifop réalisée en 1968 (-12 points), souhaite le maintien d’un lien étroit avec Israël.
Dans le même temps, on retrouve peu ou prou cette idée d’équilibre à travers le degré de sympathie de l’opinion pour les principaux acteurs du conflit Israélo-arabe. Presque deux tiers des interviewés (64%) déclare que leur sympathie ne va à aucun d’entre eux. Bénéficiant jusque dans les années soixante–dix d’un plus fort capital de sympathie par rapport aux pays arabes*, Israël recueille un score de sympathie de 14%, légèrement inférieur à celui accordé à la Palestine (19%). Notons que celle-ci devance encore plus nettement Israël en termes de sympathie chez les plus jeunes, dans les catégories moyennes et supérieures et parmi les sympathisants de gauche. C’est à l’inverse chez les 65 ans et plus et parmi les sympathisants UMP que la sympathie à l’égard de l’Etat Juif est la plus forte.
Frédéric Dabi
Directeur du Département Opinion Publique de l’Ifop(*) 44% contre 3% pour les pays arabes dans une enquête de Mars 1970.
Consulter les résultats de l'étude (fichier pdf)
Fiche technique
Étude réalisée à partir d’un échantillon de 1003 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille, niveau d’éducation) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées du 2 au 3 mai 2008.
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