Les Français et l’extrême gauche


Sondage Ifop - Acteurs Publics 5 avril 2006

Fiche technique

Echantillon de 957 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées. Du 9 au 10 mars 2006.

L’analyse de l’étude

Un apport non négligeable de l’extrême gauche dans le débat politique, notamment sur les thématiques socio-économiques.

La dernière enquête Ifop/ Acteurs Publics révèle de manière inattendue la place spécifique qu’occupe l’extrême gauche dans le champ politique hexagonal.

En premier lieu, l’apport de l’extrême gauche dans le débat politique tel que le perçoivent les Français s’avère très supérieur à son poids électoral, si l’on se réfère à la somme des scores obtenus par les trois représentants de «la gauche de la gauche» à la dernière élection présidentielle*. En effet, une part certes minoritaire mais non négligeable de Français (43%) estime que l’extrême gauche est utile. A un niveau équivalent de citations, 43% des interviewés considèrent qu’elle enrichit le débat politique même si 56% expriment un avis contraire. Ces résultats plutôt surprenants - si on les compare par exemple à la proximité des Français aux idées d’extrême gauche** - traduisent une véritable légitimité accordée par presqu’un Français sur deux à l’extrême gauche pour participer et apporter de la diversité à un débat politique, souvent perçu comme indifférencié ou confisqué par les partis de gouvernement de gauche comme de droite.

Dans le détail, ce crédit dont bénéficie l’extrême gauche se confirme dans la plupart des catégories sociodémographiques avec des perceptions particulièrement positives (50% pour l’aptitude à enrichir le débat politique) parmi les interviewés âgés de 35 à 49 ans, catégorie qui concentre les principaux «bataillons» du salariat.    

Les jugements apparaissent au contraire plus sévères aux deux extrêmes du spectre générationnel puisque ce sont les jeunes de moins de 25 ans et les personnes âgées de plus de 65 ans qui estiment le plus souvent que l’extrême gauche n’est pas utile (respectivement 63% et 60%) ou qu’elle n’enrichit pas le débat politique (74% des plus de 65 ans). 

Notons en outre que les ouvriers, catégorie de prédilection des formations d’extrême gauche, ne se distinguent pas par des opinions plus laudatives que la moyenne: 41% jugent l’extrême gauche utile, 47% qu’elle enrichit le débat politique. Les employés en revanche émettent des jugements nettement plus favorables que la moyenne: 48% considèrent que l’extrême gauche est utile et 54% qu’elle enrichit le débat politique.

Du point de vue politique, les perceptions les plus favorables émanent comme on peut l’imaginer des sympathisants d’extrême gauche (78% pour l’utilité, 73% pour la capacité à enrichir le débat politique), du Parti communiste (71% et 69%)  et plus généralement des personnes proches de la gauche ayant voté Non au référendum du 29 mai (58% pour les deux dimensions contre 49% sur ces deux dimensions parmi les tenants du «Oui de gauche»).

Les jugements s’avèrent légèrement supérieurs à la moyenne chez les sympathisants socialistes et chez ceux des Verts.

Relevons enfin une dichotomie opérée par les sympathisants frontistes, proches de l’ensemble des sympathisants de droite pour dénier l’utilité de l’extrême gauche (inutile pour 66% d’entre eux) mais plus prompts à reconnaître l’apport de celle-ci au débat politique (45% contre seulement 29% pour les sympathisants UDF / UMP).

S’agissant plus précisément des domaines pour lesquels la présence de l’extrême gauche apporte le plus au débat politique, les Français privilégient nettement deux enjeux économiques et sociaux.

En effet, le chômage et la protection sociale apparaissent comme les domaines pour lesquels la fonction tribunitienne de l’extrême gauche est la plus utile. 36% des interviewés citent d’abord le chômage et 34% la protection sociale. Chacune de ces deux dimensions réunit au total 61% de citations.

Dans le détail, on observe que les moins de 35 anscitent d’abord le chômage (35%) alors que les plus de 35 ans ont davantage tendance à d’abord évoquer la protection sociale (40%). Statutairement protégés des licenciements, les salariés du secteur public s’avèrent nettement plus enclins à évoquer la protection sociale (41%) que le chômage (25%), la hiérarchie s’inversant chez ceux du privé (40% pour le chômage contre 35% pour la protection sociale).

D’une manière assez surprenante, la sécurité, thème qui ne relève pas du corps de doctrine de l’extrême gauche, est citée en tête des domaines pour lesquels la présence de l’extrême gauche enrichit le débat politique par 12% des interviewés, devant l’éducation (9%) et le logement (8%). Nuançons ce constat en relevant que les mentions de la sécurité (22%) sont sur le total des citations en-deçà de celles relatives au logement (30%) et à l’éducation (24%).

C’est parmi les plus jeunes (16% chez les 18-24 ans), les plus âgés (21% parmi les 65 ans et plus), et les proches de la droite (20% contre 7% pour les sympathisants de gauche) que l’on mentionne le plus fréquemment la sécurité en tête des domaines.

Olivier Besancenot, meilleur représentant de l’extrême gauche en France.

Invités à désigner dans une sorte de «bataille de la légitimité» entre les personnalités d’extrême gauche, celle qui représente le mieux ce courant politique, les Français placent nettement en tête de leur choix Olivier Besancenot avec 34% de citations.

Le candidat de la LCR lors de la dernière élection présidentielle dont le score réalisé le 21 avril 2002 (4,3% contre 3,4% pour le candidat communiste) avait constitué une des surprises du scrutin, confirme donc sa percée dans l’Opinion, en dépit de son arrivée très récente dans champ politique. Effet d’une relève générationnelle? - il devance de 12 points Arlette Laguiller, porte parole «historique» de Lutte Ouvrière.

Viennent ensuite Marie George Buffet (17%) et José Bové (15%), deux personnalités pas «estampillées extrême gauche» stricto sensu mais proches de ce courant sur l’échiquier politique. De surcroît, les récents combats menés en communs (campagne contre la ratification du traité constitutionnel, soutine d’une candidature unique à la gauche du PS, opposition au CPE…) autorisent du point de vue de l’Opinion ces deux personnalités à le représenter. Ainsi, Marie George Buffet arrive en tête chez les plus de 65 ans (24%) et parmi les sympathisants communistes (39%). José Bové obtient quant à lui 26% parmi les sympathisants des Verts.    

Enfin, Daniel Cohn Bendit n’obtient que 8% de citations (mais 19% chez les plus âgés), en dépit de son ancien compagnonnage avec l’extrême gauche. Le député européen Vert réformiste, fervent partisan de la Constitution européenne, semble ainsi avoir supplanté dans l’Opinion la figure du leader de la contestation estudiantine de Mai 68.

Dans le détail, ce primat d’Olivier Besancenot sur la représentante emblématique de l’extrême gauche depuis 1974 se répercute dans la plupart des segments de la population. Son avance est patente chez les hommes (40% contre 18%), les personnes âgées de 25 à 34 ans (38% contre 21%), les professions intermédiaires et les employés (respectivement 39 et 20 points d’avance), ainsi que parmi les sympathisants d’extrême gauche (46% contre 20%). Enfin, les tenants du Non de gauche choisissent massivement Olivier Besancenot (42% contre 16%) qui s’est montré particulièrement actif pendant la campagne référendaire et a ainsi profité de la forte mobilisation autour de cet enjeu pour asseoir sa légitimité au sein de l’extrême gauche.

Arlette Laguiller parvient en revanche à contenir la poussée d’Olivier Besancenot chez les femmes, les personnes âgées de moins de 25 ans, les ouvriers, voire à l’emporter parmi les sympathisants frontistes.

Les élections présidentielle et législatives de 2002 ainsi que le scrutin régional de 2004 ont traduit la montée en puissance de l’extrême gauche dans le paysage politique français. Plus récemment, à l’occasion de la campagne du référendum sur la constitution européenne, cette famille politique a confirmé son poids au sein de la gauche et sa capacité d’influence auprès de l’Opinion.

S’appuyant sur des personnalités médiatiques et populaires, elle occupe désormais une place importante sur l’échiquier politique. Dans cette configuration, la lutte interne pour la représentation de l’extrême gauche entre les leaders des deux principales formations ne manquera pas de se poursuivre en vue de la prochaine élection présidentielle.

* 10,4 % pour Arlette Laguiller, Olivier Besancenot et Daniel Gluckstein.
** De 3% à 10% en 2005 dans le Tableau de Bord Ifop / Paris Match.

Frédéric Dabi
Directeur du département d’Opinion Publique de l’Ifop.


L’extrême gauche dans le débat politique

Question:Diriez-vous de l’extrême gauche qu’elle...?

Récapitulatif: «Oui, plutôt»

Ensemble des Français

Sympathisants de gauche

Sympathisants de droite

(%)

(%)

(%)

Est utile

43

52

33

Enrichit le débat politique

43

53

32

L’extrême gauche dans le débat politique

Question:Diriez-vous de l’extrême gauche qu’elle...?

Oui, plutôt

Non, plutôt pas

Nsp

TOTAL

(%)

(%)

(%)

(%)

Est utile

43

56

1

100

Enrichit le débat politique

43

56

1

100

Les thèmes pour lesquels l’extrême gauche enrichit le débat politique

Question:Parmi les domaines suivants que je vais vous citer, quels sont ceux pour lesquels la présence de l’extrême gauche vous paraît le plus utile pour enrichir le débat politique ?

Base: personnes jugeant que l’extrême gauche enrichit le débat politique, soit 417 individus.

En premier

Total des citations

(%)

(%)

La protection sociale

36

61

Le chômage

34

61

La sécurité

12

22

L’éducation

9

24

Le logement

8

30

- Aucun de ces thèmes (réponse non suggérée)

1

1

- Ne se prononcent pas

-

-

TOTAL

100

(*)

(*) Total supérieur à 100, les interviewés ayant pu donner plusieurs réponses

La personnalité représentant le mieux l’extrême gauche

Question:Selon vous, qui représente aujourd’hui le mieux l’extrême gauche en France ?

Ensemble des Français

Sympathisants de gauche

Sympathisants de droite

(%)

(%)

(%)

Olivier Besancenot

34

36

31

Arlette Laguiller

22

23

21

Marie-George Buffet

17

19

16

José Bové

15

16

15

Daniel Cohn-Bendit

8

4

11

Aucune de ces personnalités (réponse non suggérée)

3

1

4

- Ne se prononcent pas

1

1

2

TOTAL

100

100

100

 
Contact :
Frédéric DABI
Département d'Opinion Publique
Tél : 33 (0)1 45 84 14 44
Fax: 33 (0)1 45 85 59 39
Ce document présente les résultats d'une étude réalisée par l'Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l'enquête par sondage. Les enseignements qu'elle indique reflètent un état de l'opinion à l'instant de sa réalisation et non pas une prédiction.

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