Le rapport des Français à l’eau


Sondage Ifop -  Lyonnaise des Eaux Le 27 novembre 2000

Principaux enseignements d’une enquête Ifop – Lyonnaise des Eaux

A l’occasion des Rencontres de l’Assainissement organisées annuellement par la Lyonnaise des Eaux, l’Ifop a réalisé une enquête auprès d’un échantillon de 1002 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus, du 28 au 30 octobre 2000. Elle a été complétée par une étude qualitative par réunions de groupe auprès des jeunes de 15 à 24 ans, qui contribue également à alimenter la réflexion approfondie conduite par la Lyonnaise des Eaux auprès de ce public.

La pollution de l’eau dans le trio des préoccupations environnementales des Français

Invités à hiérarchiser les problèmes environnementaux les plus importants, les Français interviewés par l’Ifop citent à égalité les déchets nucléaires et la pollution de l’air (22%), puis la pollution de l’eau (16%), avant le réchauffement de la planète (15%) ou la dégradation de la faune et de la flore (10%).

Une hiérarchie qui s’exprime avec une intensité différente selon les segments de population considérés. Ainsi, les personnes âgées de moins de 35 ans se montrent plus préoccupées par les déchets nucléaires ou la pollution de l’air que leurs aînés ; de la même manière, les professions libérales et cadres supérieurs se disent beaucoup plus sensibles à la pollution de l’eau (23%).

Par ailleurs, le profil des personnes davantage préoccupées par la pollution de l’eau, renvoie à un ancrage géographique particulier. Ainsi, les habitants du Nord-Pas-de-Calais (8%) de la Franche-Comté, Alsace, Lorraine(9%) et de l’Ile de France (12%) se montrent bien moins soucieux de l’eau que les riverains de régions côtières comme la Normandie (21%), de Bretagne et Pays de la Loire (22%) ou du Poitou Charente, Aquitaine, Midi Pyrénées (22%).

Question : Quel est, parmi les problèmes environnementaux suivants, celui qui vous semble le plus important ?

« La volonté de léguer un environnement sain aux générations futures » est la première raison invoquée par les Français interrogés (43% des réponses) pour justifier leur intérêt pour les problèmes environnementaux. Cette justification est aussi bien donnée par les plus jeunes que par les plus âgés.

Viennent ensuite la raison des « conséquences de l’environnement sur la santé »(24%) puis le « sentiment de préserver le patrimoine commun de l’humanité » (18%), la »préservation du cadre de vie » (10%) et enfin, de façon très marginale le « désir d’être fidèle à ses convictions morales ou religieuses » (4%). 

La prise en compte des problèmes environnementaux naît donc avant tout d’une évaluation rationnelle des conséquences prévisibles pour soi et les générations suivantes : dépouillée de références idéologiques à la nature, elle s’ancre dans une vision très consumériste de l’environnement, et s’installe d’emblée dans une problématique de la durée.


 


Question : Parmi les raisons suivantes, laquelle justifie le mieux le fait que vous vous sentiez concerné par l’environnement ?


La pollution de l’eau : un niveau de préoccupation intrinsèque très élevé.

Dans l’absolu, et ce à l’instar de l’année dernière, les Français se révèlent très sensibles au problème de pollution de l’eau : 90% se déclarent préoccupés par cette question (dont 59% très préoccupés). Cette inquiétude concerne toutes les catégories socio-démographiques et toutes les catégories socio-professionnelles.

 


Question : Vous personnellement, diriez-vous que la pollution de l’eau est une question qui vous préoccupe beaucoup, un peu, pas tellement ou pas du tout ?

La sensibilité au problème de la pollution de l’eau se double d’une nouvelle préoccupation liée à la question des ressources en eau, puisque cette dernière concerne les trois-quarts des Français interrogés par l’IFOP. Certaines catégories se disent plus particulièrement préoccupées par les ressources de la France : les femmes (77% de citations, contre 72% pour les hommes), les plus âgés (79% chez les 35 ans et plus, soit 11 points de plus que chez les moins de 35 ans), les artisans, commerçants et agriculteurs (82%, contre seulement 68% pour les professions libérales et cadres supérieurs), les sympathisants écologistes ou de gauche (respectivement 80% et 78% de citations, contre 71% à droite), mais aussi les habitants de Basse et Haute Normandie, de Franche Comté, de Lorraine ou d’Alsace (83% de citations, contre seulement 65% pour les habitants d’Ile de France).

Question : Et vous personnellement, diriez-vous que la question des ressources en eau en France vous préoccupe... ?

Une sensibilité d’autant plus légitime que les Français considèrent de façon quasi-unanime l’eau comme faisant partie du patrimoine de la France, ce au même titre que l’alimentation (90%).

En revanche, les Français s’avèrent très partagés en ce qui concerne les efforts fournis pour préserver la qualité de l’eau : 50% pensent que tout est fait pour sauvegarder cette qualité mais 48% sont d’un avis contraire. Les habitants du Nord Pas-de-Calais (60%) et de l’Ile de France (56%) sont les plus confiants en la matière.


 


Question : Voici un certain nombre d’opinions que l’on entend à propos de l’eau. Pour chacune d’entre elles, dites-moi si vous êtes plutôt d’accord ou plutôt pas d’accord ?


Un faible niveau d’information sur l’eau et une connaissance très imparfaite du niveau d’assainissement

Seul un tiers des Français interrogés s’estime bien informé sur la qualité de l’eau qu’ils consomment (34%, dont seulement 5% pensent être très bien informés). Au contraire, 66% s’estiment mal informés. Ainsi, le niveau d’information augmente avec l’âge.

 

 


Question : Vous personnellement, vous sentez-vous très bien informé, plutôt bien informé, plutôt mal informé, ou très mal informé sur la qualité de l’eau que vous consommez ?

L’appréhension du circuit des eaux usées apparaît pour le moins déficiente. L’hypothèse fictive d’un fonctionnement en circuit fermé est privilégié par 40% des Français interrogés alors que 44% pensent que les eaux usées sont dépolluées dans les stations d’épuration avant de retourner assainies dans la nature. Il n’est guère que 11% pour penser que les eaux ne subissent aucun processus d’assainissement avant  d’être rejetées dans la nature (22% des plus de 65 ans).

On retrouve comme l’année dernière un clivage entre les hommes, plus enclins à imaginer un traitement des eaux avant une répartition dans la nature et les femmes, plus nombreuses à croire au fonctionnement en circuit fermé.

On retrouve aussi sur la question du  niveau d’assainissement de l’eau le même clivage que l’année précédente : d’un côté ceux qui pensent qu’une grande partie des eaux est dépolluée (47%) et de l’autre, ceux qui pensent que seule une partie l’est (45%). Seules 3% des personnes interrogées s’avèrent convaincues que la totalité des eaux usées est traitée.

Les premiers sont avant tout des jeunes (59% parmi les moins de 35 ans), des professions libérales, cadres supérieurs (56%), professions intermédiaires (59%) ou employés (58%), et des habitants de l’agglomération parisienne (62%).


Les seconds se recrutent d’abord parmi les plus âgés (51% parmi les plus de 65 ans), des ouvriers (52%) et des habitants de l’agglomération parisienne (64%).

Question : Selon vous, que deviennent les eaux usées lorsqu’elles sont évacuées dans les canalisations ?


De fortes attentes d’information sur la qualité de l’eau

Face à ces déficits, les Français attendent avant tout des pouvoirs publics et singulièrement des élus locaux une information régulière sur la qualité de l’eau (34%), mais également qu’ils imposent des normes strictes sur la composition de l’eau du robinet (25%) ou qu’ils favorisent le développement des techniques du traitement de l’eau (22%)


 


Question : Quelle est la principale action que vous souhaitez voir mise en place par les pouvoirs publics et les élus locaux ?

La priorité des Français à l’égard de l’eau se confirme quand on demande aux Français s’ils seraient intéressés à connaître le fonctionnement de leur station d’épuration. Seul un tiers (32%) se révèle peu réceptif. Ce désir d’information concerne toutes les catégories socio-démographiques et toutes les catégories socio-professionnelles.

 


Question : Vous personnellement, seriez-vous très intéressé, assez intéressé, peu intéressé ou pas intéressé du tout par une information (livret, réunion, visite) sur votre station d’épuration ?

Une légère évolution du sentiment de responsabilité individuelle, dans la préservation de la qualité de l’eau.

Pour 57% des Français, la protection de l’environnement par la dépollution des eaux passe d’abord par une prise de conscience suivie d’un changement de comportement. Seuls 29% privilégient la force des lois ou règlements tandis que 13% estiment chaque aspect aussi important l’un que l’autre. Par rapport aux résultats de l’année dernière, on peut observer une certaine évolution du sentiment de responsabilité par rapport à l’intervention du législateur.

Les plus jeunes semblent particulièrement privilégier la responsabilité individuelle (63% parmi les 15-24 ans). C’est également le cas des sympathisants écologistes (65%) et du RPR (70%).


 


Question : Et selon vous, la protection de l’environnement par la dépollution des eaux usées passe avant tout par... ?

60 % des personnes interrogées affirment être disposées à améliorer le traitement des eaux usées et la préservation de l’environnement en salissant moins l’eau qu’ils utilisent, contre 25% qui préféreraient se mobiliser dans des groupes d’usagers, et seulement 9% qui se disent prêts à accepter de payer plus cher le prix de l’eau.


 


Question : Vous personnellement, seriez-vous prêt à vous mobiliser pour améliorer le traitement des eaux usées et la préservation de l’environnement ... ?

Mais, l’eau est toujours jugée trop chère par huit personnes sur dix. Parmi celles-ci, près de 30% adoptent une posture réellement contestataire en estimant le niveau de l’eau très élevé.

On constate cependant une bonne appréciation des éléments constitutifs du prix de l’eau. Si une petite minorité de la population interrogée (14%) pense que le prix de l’eau correspond principalement  à  la fourniture en eau potable, une majorité sait évaluer le coût de l’assainissement de l’eau en l’associant à la fourniture en eau potable pour juger du coût total (53%). Il est même un quart des personnes interrogées (24%) pour penser que la facture d’eau dépend uniquement du prix de l’assainissement.


 


Question : Selon vous, la facture d’eau que vous payez correspond-elle principalement... ?


Le point de vue spécifique des 15-24 ans.

La sensibilité environnementale des jeunes est très vive. Son intensité s’explique aisément lorsque l’on met à jour les deux logiques qui la déterminent. D’une part, les 15-24 ans ont parfaitement intégré le lien environnement-santé (la santé étant une valeur qui ne concerne pas les seuls seniors, mais qu’ils se sont pleinement appropriés).

D’autre part, l’environnement renvoie chez eux désormais à un style de vie qui se traduit autant par des « gestes environnement » (le tri des déchets, le bio, l’utilisation des transports en commun) que par un mode de pensée spécifique (la prise en compte de l’environnement va de pair avec une attitude citoyenne et responsable, qui évacue la désignation d’un bouc émissaire en la personne des industriels).

En revanche, la hiérarchie qu’ils dessinent des problèmes environnementaux est différente de celle de leurs aînés. Ainsi, ils se montrent plus préoccupés des déchets nucléaires et de la pollution de l’air que de celle de l’eau.

Encore faut-il ne pas se tromper d’interprétation. Les jeunes sont loin d’être indifférents à la situation de l’eau en France. Pour la génération qui a baigné dans des slogans du type « l’eau, la vie », l’eau est bien perçue comme un élément essentiel à la vie. Ils estiment en revanche, ce qui explique leur sérénité, que la situation de l’eau en France est sous contrôle, grâce à des prises de responsabilité multiples : celle du Ministère de l’Environnement qui édicte la norme, celle des Maires qui exercent une autorité de proximité en qui ils ont confiance, celle des distributeurs d’eau enfin, qui – toujours dans leurs perceptions – intervient dans toutes les étapes du circuit, du pompage à l’acheminement chez les particuliers.

Cette sérénité n’évacue pas la vigilance qui s’exprime chez les jeunes par une forte demande d’information sur la situation de l’eau. Mais elle renvoie à un autre constat : pour les 15-24 ans, la qualité de l’eau est un dû ; elle ne fait l’objet d’aucune gratitude envers les acteurs qui la traitent et qui la distribuent.

 

Ce document présente les résultats d'une étude réalisée par l'Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l'enquête par sondage. Les enseignements qu'elle indique reflètent un état de l'opinion à l'instant de sa réalisation et non pas une prédiction.

Aucune publication totale ou partielle ne peut être faite sans l'accord exprès de l'Ifop.