Le regard des Français sur le nucléaire


Sondage Ifop - Les Verts 23 septembre 2005

Fiche technique

Echantillon de 956 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées. Du 15 au 16 septembre 2005.

Les principaux enseignements

Une très nette majorité de Français s’oppose à la présence d’un centre d’enfouissement des déchets nucléaires dans leur commune ou dans une commune proche. En effet, seuls 11% se déclarent favorables à une telle éventualité, 88% exprimant leur hostilité. Le refus de l’installation d’un centre d’enfouissement à proximité de son lieu d’habitation est d’autant plus solide que près de trois Français sur quatre s’y montrent totalement réfractaires (72% déclarent en effet n’y être « pas du tout favorables »).

L’opposition massive à une telle initiative traduit la forte prégnance du précepte « not in my backyard » qui traverse l’ensemble des catégories de la population.

Dans le détail, les femmes s’avèrent encore moins favorables que la moyenne à un tel projet (7% seulement, contre 17% des hommes) ainsi que les personnes favorables à l’arrêt du programme nucléaire civil (7% également). Un léger clivage politique nuance quelque peu les résultats même si l’opposition reste majoritaire dans tous les camps : ainsi, le refus de la présence d’un centre d’enfouissement est conforme à la moyenne parmi les sympathisants socialistes (89%) mais s’avère plus marqué chez les proches des Verts (99%) et légèrement en retrait au sein des sympathisants UDF/UMP (82%). Notons enfin que les cadres et professions libérales se montrent un peu plus enclins que la moyenne à accepter une telle éventualité (30% expriment leur adhésion).    

Si la question de la présence d’un centre d’enfouissement des déchets dans son environnement proche semble peu faire débat dans l’opinion, cette dernière apparaît davantage partagée concernant l’arrêt du programme nucléaire civil.

Certes, une courte majorité (54%) adhère au principe de sortie du nucléaire. Toutefois, une proportion non négligeable exprime son refus (43%). L’opposition semble d’autant plus solide que plus d’un Français sur 5 (22%) se dit « pas du tout favorable » à l’arrêt du programme, alors que seuls 17% manifestent leur adhésion totale à cette idée.

Des différences générationnelles peuvent être observées sur ce sujet sensible. En effet, c’est parmi les plus jeunes qu’on trouve le plus de partisans de l’arrêt du nucléaire (66% des 18-24 ans y sont favorables), alors que les plus âgés semblent plus partagés (47%). A nouveau, les cadres et professions libérales se distinguent, 55% manifestant leur opposition à un tel projet. Le clivage politique s’avère quant à lui encore plus marqué que sur la question des déchets. En effet, l’adhésion à l’arrêt du programme est très claire à gauche (59% des sympathisants socialistes, et surtout 77% parmi les proches des Verts), alors qu’elle reste minoritaire à droite (46% des sympathisants UDF/UMP). Notons que les résultats ne varient pas selon que l’on se trouve ou non dans un département dans lequel une centrale nucléaire est présente. 

Les résultats de la dernière question livrent enfin un enseignement important sur la volonté des Français de s’approprier le débat sur le nucléaire et plus particulièrement sur la gestion des déchets.

En effet, 89% des personnes interrogées souhaiteraient être consultées par référendum au cas où il devrait y avoir un projet d’enfouissement des déchets dans leur département. Cette volonté traduit une aspiration très forte à un approfondissement de la démocratie locale et participative, élément que l’Ifop a déjà maintes fois mesuré dans diverses études réalisées pour le compte de collectivités territoriales.

Peu de variations peuvent être observées parmi les différentes catégories de la population. Tout au plus repère-ton les quelques clivages déjà signalés sur les autres questions, mais nettement estompés, tant le sujet semble consensuel. Ainsi les femmes apparaissent plus favorables à la tenue d’un référendum (93% contre 85% des hommes), de même que les plus jeunes (90% des 18-24 ans contre 81% des 65 ans et plus). A l’inverse, les cadres et professions libérales semblent légèrement en retrait (76% souhaiteraient un référendum). Politiquement le clivage s’avère également mineur (91% des sympathisants socialistes et des proches des Verts seraient favorables à un référendum, contre 84% des sympathisants UDF/UMP).

Notons pour terminer que le consensus sur ce sujet est renforcé par le fait qu’un fort désir de participation locale est exprimé également par les personnes réfractaires à l’abandon du programme nucléaire (84%) ainsi que celles se déclarant favorables à l’installation d’un centre d’enfouissement dans leur commune ou une commune proche (67%).

L’étude réalisée par l’Ifop pour Les Verts met en lumière une inflexion sérieuse de l’Opinion vis-à-vis du nucléaire, pourtant pan majeur de la politique énergétique hexagonale. L’installation éventuelle d’un centre d’enfouissement de déchets à proximité de son domicile suscite la réprobation quasi unanime des interviewés. La sortie du nucléaire, « credo des Verts » depuis la création de ce mouvement politique, recueille le soutien d’une majorité de personnes interrogées.

Toutefois, cette légitimation de l’arrêt du programme nucléaire civil français reste fragile, tant l’opposition de certains segments de la population semble constituée.

Néanmoins, il subsiste peu de doute sur la volonté des Français d’être associé, y compris par referendum, sur le devenir du nucléaire dans notre pays.

On peut voir dans l’intérêt soutenu de l’Opinion sur cet enjeu un réel succès des Verts dans leur capacité à faire émerger ce type de thématique sur l’agenda.

L’adhésion à la présence d’un centre d’enfouissement des déchets nucléaires

Question:Vous personnellement, seriez-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à la présence dans votre commune ou dans une commune proche de la vôtre, d’un centre d’enfouissement des déchets nucléaires ?

 
Ensemble

Sympathisants socialistes

Sympathisants des Verts

Sympathisants UDF/UMP

 

(%)

(%)

(%)

(%)

TOTAL favorable

11

11

1

18

Tout à fait favorable

-

1

-

1

Plutôt favorable

11

10

1

17

TOTAL pas favorable

88

89

99

82

Plutôt pas favorable

16

20

15

17

Pas du tout favorable

72

69

84

65

- Ne se prononcent pas

1

-

-

-

TOTAL

100

100

100

100

 

L’adhésion à l’arrêt progressif du programme nucléaire civil en France

Question:Vous personnellement, seriez-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à l’arrêt progressif du programme nucléaire civil en France ?

 
Ensemble

Sympathisants socialistes

Sympathisants des Verts

Sympathisants UDF/UMP

 

(%)

(%)

(%)

(%)

TOTAL favorable

  54

  59

  77

  46

Tout à fait favorable

  17

  20

  29

  12

Plutôt favorable

  37

  39

  48

  34

TOTAL pas favorable

  43

  39

  21

  54

Plutôt pas favorable

  21

  19

   8

  27

Pas du tout favorable

  22

  20

  13

  27

- Ne se prononcent pas

   3

   2

   2

   -

TOTAL

  100  

  100  

  100  

  100  

 

La légitimité d’un référendum départemental sur un projet d’enfouissement de déchets nucléaires

Question:S’il devait y avoir un projet d’enfouissement de déchets nucléaires dans votre département, souhaiteriez-vous être consulté par référendum ?

 
Ensemble

« Favorables à l’arrêt progressif du programme nucléaire civil »

« Opposés à l’arrêt progressif du programme nucléaire civil »

 

(%)

(%)

(%)

Oui

  89

94

84

Non

  11

6

16

- Ne se prononcent pas

   -

   -

   -

TOTAL

  100  

  100  

  100  

 

 
Contacts :
Frédéric DABI et Damien PHILIPPOT
Département d'Opinion Publique
Tél : 33 (0)1 45 84 14 44
Fax: 33 (0)1 45 85 59 39
Ce document présente les résultats d'une étude réalisée par l'Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l'enquête par sondage. Les enseignements qu'elle indique reflètent un état de l'opinion à l'instant de sa réalisation et non pas une prédiction.

Aucune publication totale ou partielle ne peut être faite sans l'accord exprès de l'Ifop.