Les indices de popularité - Février 2006
Sondage Ifop - Le Journal du dimanche 19 février 2006
Fiche technique
Echantillon de 1855 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées. Du 9 au 17 février 2006.
Le commentaire du sondage par Jean-Luc Parodi(*)
(*)Directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques, Consultant Ifop.
Cette fois-ci, ça y est: après neuf mois d’attente indulgente (et une première alerte en octobre: 48% de satisfaits pour 49% de mécontents), le Premier ministre prend de plein fouet le choc du contrat première embauche (-9 au nouveau baromètre Ifop-JDD) et, même si le Président est déjà trop bas pour reculer encore, c’est tout l’exécutif qui est maintenant nettement minoritaire.
Dominique de Villepin: le mécontentement majoritaire. Avec 43% de satisfaits (-9) et 54% de mécontents (+9), le Premier ministre enregistre à la fois son plus haut niveau de mécontentement et son plus bas taux de satisfaction depuis son arrivée à Matignon. Sa chute est particulièrement forte chez les 18-24 ans (-15). Il devient minoritaire dans quasiment toutes les catégories non politiques, sauf chez les 65 ans et plus, où il recule cependant aussi de 15 points. Les plus mécontents sont les 35-49 ans (62%) et les professions intermédiaires, employés et ouvriers (respectivement 62%, 60% et 58%). Politiquement, la baisse est très sensible à gauche: -13 chez les sympathisants socialistes, -11 chez les communistes, -10 chez les Verts; mais elle touche aussi l’UMP (-12) et, à un moindre degré, l’UDF (-6).
Contrat première embauche ou «droit de virer». Pas de mystère pour cette chute spectaculaire, qui frappe d’autant plus exclusivement le Premier ministre que celui-ci a décidé solitairement et s’est surexposé en promouvant le CPE: les personnes interrogées par l’Ifop sur les raisons de leur insatisfaction ne parlent en effet que du CPE, son principe, ses conséquences et le passage en force auquel se livre le Premier ministre avec le recours au 49-3. Vu d’abord comme un mécanisme d’espérance d’embauche, le CPE est de plus en plus perçu, sous le coup de la controverse, comme un instrument de licenciement menaçant et le mot «virer» revient très souvent: «Il demande qu’on puisse virer quelqu’un du jour au lendemain». Cette perception est d’autant plus forte que le CPE est souvent lu par des parents, à travers leurs attentes et leurs inquiétudes pour leurs enfants: «On a cinq enfants qui sont à l’école; je me mets à la place des jeunes avec ce fameux contrat avec lequel ils pourraient être mis dehors». Ce qui les amène à y voir plus une régression par rapport à ce qu’ils ont connu eux-mêmes et, surtout, par rapport à leur idée de l’histoire du progrès social: «ça rappelle le système du XIXe siècle», «ça change tous les acquis que les anciens ont obtenus». Dans ces conditions, le «passage en force» du Premier ministre par le recours au 49-3 apparaît à la fois comme contraire à la démocratie – «Il veut faire passer une loi en forçant sur le vote de l’Assemblée nationale» - et comme contraire aussi à l’idée que certains d’entre eux s’étaient faite de la volonté de dialogue du Premier ministre. («Il veut décider tout seul, sans consultation.»). Si l’on ajoute au CPE, qui constitue l’essentiel des motifs de mécontentement, les quelques allusions au procès d’Outreau, aux pérégrinations du Clemenceau, aux «caricatures musulmanes» et, naturellement, au coût de la vie, on mesure la vague de pessimisme qui a frappé l’opinion ce mois-ci.
Jacques Chirac toujours minoritaire mais moins atteint. Avec 37% de satisfaits (inchangé) et 61% de mécontents (inchangé aussi), le président de la République n’enregistre pas pour l’instant l’onde de choc qui frappe son Premier ministre, à la fois parce qu’il est déjà très bas (6 points de satisfaction de moins que son Premier ministre) et parce que le CPE est vu d’abord comme la chose de Villepin, même si les électeurs dans leurs commentaires, n’en exonèrent pas Chirac. Sous cette stabilité apparente, il faut quand même souligner le net malaise de la droite (40% des sympathisants UMP se disent mécontents du Président).
Ainsi prend fin cette configuration sans précédent sous la Ve République, qui voyait le Premier ministre rester à l’abri du jugement social sévère porté par l’opinion sur le pouvoir en place. Avec six points de différence entre les satisfaits du Président et ceux du Premier ministre contre quinze auparavant, on en revient à une certaine homogénéité dans la perception des deux têtes de l’exécutif.
La cote de popularité de Jacques Chirac
Question :Etes-vous satisfait ou mécontent de Jacques Chirac comme président de la République ?
Rappel Janvier 2006 |
Février 2006 |
Variation |
|
Total Satisfaits |
37 |
37 |
= |
Très satisfaits |
3 |
2 |
- 1 |
Plutôt satisfaits |
34 |
35 |
+ 1 |
Total Mécontents |
61 |
61 |
= |
Plutôt mécontents |
42 |
41 |
- 1 |
Très mécontents |
19 |
20 |
+ 1 |
-Ne se prononcent pas |
2 |
2 |
= |
TOTAL |
100 |
100 |
- |
La cote de popularité de Dominique de Villepin
Question :Etes-vous satisfait ou mécontent de Dominique de Villepin comme Premier ministre ?
Rappel Janvier 2006 |
Février 2006 |
Variation |
|
Total Satisfaits |
52 |
43 |
- 9 |
Très satisfaits |
5 |
4 |
- 1 |
Plutôt satisfaits |
47 |
39 |
- 8 |
Total Mécontents |
45 |
54 |
+ 9 |
Plutôt mécontents |
34 |
39 |
+ 5 |
Très mécontents |
11 |
15 |
+ 4 |
-Ne se prononcent pas |
3 |
3 |
= |
TOTAL |
100 |
100 |
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