Les indices de popularité – Mars 2006


Sondage Ifop - Le Journal du dimanche19 mars 2006

Fiche technique

Echantillon de 1854 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées. Du 9 au 17 mars 2006.

Le commentaire du sondage par Jean-Luc Parodi(*)

(*)Directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques, Consultant Ifop.

Bien entendu, Dominique de Villepin et le CPE font encore l’événement ce mois-ci dans le nouveau baromètre Ifop-JDD. L’événement en chiffres: -6 de satisfaits pour le Premier ministre (et +7 de mécontents); l’événement en mots, aussi: les interrogés déclinent sur tous les tons leur angoisse de la précarité. Et le refus du CPE qui la symbolise. En même temps, petit nuage rose dans ce ciel d’orage, la cote de Jacques Chirac remonte de 2 points.

Les records de Dominique de Villepin. Avec 37% de satisfaits (-6) et 61% de mécontents (+7), le Premier ministre enregistre son plus mauvais score depuis qu’il est à Matignon. Ajouté à la chute du mois dernier (-9), son effondrement atteint 15 points. Plus de 6 millions d’électeurs sont ainsi passés en deux mois de la satisfaction au moins indulgente au mécontentement. Un mécontentement intense, d’ailleurs, car les «très mécontents» augmentent encore plus (+10 ce mois-ci), passant de 15 à 25%. Mais il y a plus grave encore. Dans la partie de l’enquête réalisée la semaine dernière, le recul du Premier ministre n’était que de 2 points (41%). Après ses diverses interventions, il est de 10 points (33%) signe sans équivoque de l’échec de sa communication et du rejet de son attitude. La chute du mois dernier était plus sensible à gauche, celle de ce mois-ci est particulièrement forte chez les sympathisants UDF (-2) et Verts (-9). En revanche, l’UMP résiste bien (+2). La dégringolade est particulièrement marquée chez les 18-24 ans et les 25-34 ans (-11), et les ouvriers (-10). Avec 37% seulement de satisfaits, Dominique de Villepin se rapproche des scores de ses prédécesseurs, Jean-Pierre Raffarin (36% en février 2004 avant de descendre à 30% au printemps en pleine crise des retraites), Alain Juppé (37% en septembre 1995 avant de rechuter à 28% et 26% en octobre et novembre). Les optimistes souligneront que le Premier ministre est encore loin de leurs records d’impopularité (20% pour Juppé, 24% pour Raffarin); les pessimistes y décèleront des marges possibles d’aggravation de la défiance. 

Précarité programmée et entêtement jugé peu supportable. On ne comprendrait pas ce mouvement de l’opinion si l’on ne voyait pas que chacun, à l’occasion du CPE, se projette dans cet épisode fondamental d’une vie que constitue la «première embauche». Les uns évoquent leurs souvenirs lointains ou proches: «J’ai été embauché et licencié de façon abusive sans motif valable»; les autres, les plus nombreux, songent à leurs enfants: «J’ai un fils qui est en âge de travailler et il n’a rien comme garantie»: «Je pense à l’avenir de mes enfants, c’est pas de bons contrats pour les jeunes». Et tous ne voient dans le CPE qu’un facteur de précarité: «J’ai un fils de 18 ans et je ne vois pas son avenir comme ça». Dès lors, la mesure paraît critiquable («On est revenu au temps de l’esclavage où on peut virer comme ça») et elle s’ajoute encore à la dureté du système («On a déjà beaucoup de précarité, si on en rajoute encore …»).

Plus critiquable encore: la volonté du Premier ministre de raccourcir un débat parlementaire qui aurait pu éviter le blocage actuel: le recours au 49-3 est, de façon étonnante, spontanément cité. Face aux actions de l’opinion, l’attitude de Dominique de Villepin ne «passe pas». On évoque «sa surdité à l’égard des mouvements d’étudiants», «le fait que tout ceci n’ait pas été négocié». On le critique de n’avoir «pas tenu compte de l’avis des personnes concernées». Il apparaît «têtu», «Il n’en fait qu’à sa tête», «Il a fait une intervention pour dire qu’il ne changeait pas d’avis alors que tout le monde avait manifesté contre». Bref, l’image du Premier ministre est clairement atteinte. Jusqu’à l’impensable: «Je trouve que Raffarin était mieux».

Le léger mieux du Président. Avec 39% de satisfaits (+2) et 60% de mécontents (-1), Jacques Chirac reste nettement minoritaire mais c’est quand même son meilleur score, ou son moins mauvais, depuis l’effondrement post-référendaire à 28% seulement. Il remonte un  peu dans sa base politique et sociale (+4 à l’UMP, +6 chez les 65 ans et plus). Une évolution encore plus sensible la semaine dernière à l’issue de ses voyages orientaux. Tout se passe comme si, au moins à la marge, le volontarisme et la surexposition du Premier ministre avaient en quelque sorte «aspiré» le surplus de mécontentement alors que les voyages redessinaient l’image positive de «représentant» de la France du chef de l’Etat. Un «redressement» à la marge car nombreux sont ceux qui le jugent coresponsable du CPE. Ou trop lent à intervenir pour le retirer.

La cote de popularité de Jacques Chirac

Question :Etes-vous satisfait ou mécontent de Jacques Chirac comme président de la République ?

Rappel Février 2006
(%)

Mars 2006

(%)

Variation

Total Satisfaits

37

39

+2

Très satisfaits

2

4

+2

Plutôt satisfaits

35

35

=

Total Mécontents

61

60

-1

Plutôt mécontents

41

39

-2

Très mécontents

20

21

+1

-Ne se prononcent pas

2

1

-1

TOTAL

100

100

-

La cote de popularité de Dominique de Villepin

Question :Etes-vous satisfait ou mécontent de Dominique de Villepin comme Premier ministre ?

Rappel Février 2006
(%)

Mars 2006

(%)

Variation

Total Satisfaits

43

37

-6

Très satisfaits

4

4

=

Plutôt satisfaits

39

33

-6

Total Mécontents

54

61

+7

Plutôt mécontents

39

36

-3

Très mécontents

15

25

+10

-Ne se prononcent pas

3

2

-1

TOTAL

100

100

-

 
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Frédéric DABI
Département d'Opinion Publique
Tél : 33 (0)1 45 84 14 44
Fax: 33 (0)1 45 85 59 39
Ce document présente les résultats d'une étude réalisée par l'Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l'enquête par sondage. Les enseignements qu'elle indique reflètent un état de l'opinion à l'instant de sa réalisation et non pas une prédiction.

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