Les indices de popularité - Juin 2005


Sondage Ifop - Le Journal du dimanche 19 juin 2005

Fiche technique

Echantillon de 1884 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées. Du 9 au17 Juin 2005.

Le commentaire du sondage par Jean-Luc Parodi(*)

(*)Directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques, Consultant Ifop.

L’écroulement est sans précédent et le record de mécontentement battu. Avant même le 29 mai, le référendum avait déjà produit ses effets par la campagne électorale, les mini-alliances à gauche, le renouveau de la thématique utopique. Voilà que, au-delà de son verdict juridique, il entraîne maintenant un effondrement de la cote du président de la République (- 12 de satisfaits, + 11 de mécontents) qui résulte à la fois de son échec et de la réponse qu’il semble avoir apportée aux messages des électeurs.  Par comparaison, le chef du gouvernement ne s’en tire pas si mal, recueillant une cote d’indulgence majoritaire qui tranche avec les presque deux années d’impopularité continue de son prédécesseur.

Le record de mécontentement de la Vè République. Avec 28% seulement de satisfaits et 70% de mécontents, le président de la République enregistre une chute sans précédent: il faut remonter au de Gaulle du printemps 1963 face à la grève des mineurs, une crise sociale déjà, pour en trouver l’équivalent (- 17, mais en deux mois). En termes de satisfaits, ces 28% ne marquent pas le record de la Vè République: Jacques Chirac lui-même est descendu à 27% (novembre 1995 et novembre 1996) et François Mitterrand, record-man absolu, était à 26% en novembre 1984 et à l’été 1992, avant Maastricht, et même à 22% en décembre 1991.

En termes de mécontentement (et depuis que les enquêtes par téléphone ont diminué le nombre des sans-réponse), le niveau de 70% n’avait… jamais été atteint. La chute est générale dans toutes les catégories et le recul est particulièrement fort chez les sympathisants de droite (- 20 à l’UDF, - 18 à l’UMP). Le Président est désormais minoritaire à l’UDF et à peine majoritaire dans son propre camp: 56% de satisfaits pour 44% de mécontents chez les sympathisants UMP.

Quand le fusible saute, Jacques Chirac est désacralisé. Tout ce passe comme si le départ de Jean-Pierre Raffarin «raffarinait» rétrospectivement Jacques Chirac, en supprimant un bouc émissaire, réattribuant au Président la responsabilité de la politique économique et sociale, et en occultant le bénéfice de politique étrangère que la division des tâches entre les deux têtes de l’exécutif assurait jusqu’alors à Jacques Chirac. Du coup, il se retrouve seul et en première ligne pour trouver une réponse au choc du «non» vainqueur: même si on ne voit pas très clairement quelles auraient pu être les alternatives, il ne semble pas que celle-ci ait correspondu aux attentes des électeurs.

Ecoutons-les décliner leurs sujets de mécontentement. Au plus fort degré, on trouve d’abord les demandeurs d’une conclusion logique à ce qu’ils analysent comme un vote sanction: appels à une démission du Président, références au départ du général de Gaulle en 1969, souhait au minimum d’une dissolution, tout ceci surtout fréquent à gauche et au Front National. Deuxième dimension du mécontentement, un retour sur l’ensemble du processus de ratification de la Constitution européenne, regret chez les partisans du «oui» du recours au référendum, sentiment que Jacques Chirac a mal défendu le traité, qu’il est aussi responsable par sa politique de la part du vote sanction, regret un peu paradoxal mais présent chez certains électeurs du «non» qui lui en veulent de n’avoir pas su bien expliquer et bien convaincre («J’estime qu’il n’a pas été assez convaincant pour nous faire accepter la Constitution») .

Il y a donc en quelque sorte l’addition d’une part des mécontents du «non», qui continuent à le sanctionner dans les sondages comme ils l’ont fait dans les urnes, et d’autre part des insatisfaits du «oui» qui le rendent responsable de son échec. Mais surtout, c’est la composition du gouvernement qui ne paraît pas à la hauteur des espérances et le sentiment que la politique suivie jusqu’ici en matière sociale ne devrait pas beaucoup changer. A l’arrivée, une crise de confiance personnelle à droite que résume bien cette retraitée UMP: «Je suis de droite et j’ai voté «oui», mais je n’ai plus confiance, et c’est triste.»

Les trois débuts de Premier ministre sous la Vè République. On le sait, la popularité du Premier ministre est dominée par celle de son Président (sauf pour les Premiers ministres de cohabitation qui arrivent auréolés de la victoire électorale qui leur a permis d’accéder à ce statut). En simplifiant, on peut dire que l’on a affaire soit à des Premiers ministres nommés dans la foulée de la victoire électorale de leur président et associés à celle-ci (Pierre Mauros en 1981, Michel Rocard en 1988, Alain Juppé en 1995), soit, au contraire, à des Premiers ministres nommés par des chefs de l’Etat au creux de la vague (Laurent Fabius ou Pierre Bérégovoy).

Avec 44% de satisfaits et 41% de mécontents, Dominique de Villepin commence donc à un niveau relativement satisfaisant, supérieur en tout cas de 16 points à la dernière cote de son prédécesseur, et supérieur de 16 points également à … celle de son président.

Dominique de Villepin: l’état d’attente indulgente. La popularité du nouveau Premier  ministre s’organise autour de quatre dimensions bien identifiées. La popularité relative d’abord: comme Lionel Jospin et Jean-Pierre Raffarin avaient bénéficié à leurs débuts de la comparaison avec Alain Juppé, Dominique de Villepin profite à son tour du rejet de Jean-Pierre Raffarin, en termes d’images et d’espérance de politique («Parce qu’il a remplacé Raffarin»; «Parce qu’il va faire bouger les choses là où Raffarin a échoué») Son passé de ministre des Affaires étrangères ensuite, souvent cité comme preuve de compétence et d’autorité.

Au troisième plan sa personnalité, le mot «charisme» venant spontanément dans la bouche de plusieurs personnes interrogées; à noter que d’autres évoquent sa «prestance», sa «jeunesse», une ouvrière ajoutant même qu’il est «joli garçon»… Mais l’essentiel est naturellement lié à la politique qu’il pourrait mener: on lui sait gré d’avoir mis l’accent sur le chômage, de vouloir déminer certaines bombes à retardement de Raffarin. Reste que le discours le plus fréquent est celui de l’attente: «Il est trop tôt»; «Je ne vais pas juger quelqu’un qui n’a pas encore commis d’erreurs» . Bref, comme dit un sympathisant UMP: «Il nous laisse un espoir, encore».

Ainsi va l’exécutif après le choc référendaire, durement atteint dans la personne de son Président, mais disposant pour le Premier ministre qu’il a nommé d’un crédit d’indulgence aussi précieux que fragile.

La cote de popularité de Jacques Chirac

Question :Etes-vous satisfait ou mécontent de Jacques Chirac comme président de la République ?

Rappel
Mai 2005
(%)

Juin 2005

(%)

Variation

Total satisfaits

40

28

-12

Très satisfaits

4

2

-2

Plutôt satisfaits

36

26

-10

Total mécontents

59

70

+11

Plutôt mécontents

37

43

+6

Très mécontents

22

27

+5

-Ne se prononcent pas

1

2

+1

TOTAL

100

100

=

 

Comparaison des plus faibles scores de popularité des Présidents de la Vème République

Présidents de la République

Plus faible score de popularité

Dates

Charles de Gaulle (premier mandat)

42%

Mars 1963

Charles de Gaulle (second mandat)

52%

Octobre1967

Juillet-Août 1968

Décembre 1968

Georges Pompidou

47%

Novembre-décembre 1969

Valéry Giscard d’Estaing

35%

Mars 1981

François Mitterrand (premier mandat)

26%

Novembre 1984

François Mitterrand (second mandat)

22%

Décembre 1991

Jacques Chirac (premier mandat)

27%

Novembre 1995

Décembre 1996

 

La cote de popularité de Dominique de Villepin

Question :Etes-vous satisfait ou mécontent de Dominique de Villepin comme Premier ministre ?

Juin 2005
(%)

Total satisfaits

44

Très satisfaits

3

Plutôt satisfaits

41

Total mécontents

41

Plutôt mécontents

29

Très mécontents

12

-Ne se prononcent pas

15

TOTAL

100

 

Comparaison des scores de popularité des Premiers ministres de la Vème République lors de leur arrivée à l’Hôtel Matignon

Premier ministre

1er score de popularité mesuré

Dates

Michel Debré

32%

Février 1959

Georges Pompidou

30%

Juin 1962

Maurice Couve de Murville

47%

Août- septembre 1968

Jacques Chaban-Delmas

46%

Juillet 1969

Pierre Mesmer

23%

Juillet 1972

Jacques Chirac

34%

Mai-juin 1974

Raymond Barre

18%

Septembre 1976

Pierre Mauroy

53%

Juin 1981

Laurent Fabius

29%

Août 1984

Jacques Chirac

36%

Avril 1986

Michel Rocard

53%

Mai 1988

Edith Cresson

25%

Juin 1991

Pierre Bérégovoy

36%

Avril 1992

Edouard Balladur

56%

Avril 1993

Alain Juppé

63%

Mai-juin 1995

Lionel Jospin

47%

Juin 1997

Jean-Pierre Raffarin

60%

Mai 2002

Dominique de Villepin

44%

Juin 2005

 
Contacts :
Frédéric DABI et Jérôme FOURQUET
Département d'Opinion Publique
Tél : 33 (0)1 45 84 14 44
Fax: 33 (0)1 45 85 59 39
Ce document présente les résultats d'une étude réalisée par l'Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l'enquête par sondage. Les enseignements qu'elle indique reflètent un état de l'opinion à l'instant de sa réalisation et non pas une prédiction.

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