Les Français et les réformes
Sondage Ifop - Acteurs Publics 23 mai 2006
L’analyse de l’étude
Un plébiscite en faveur de la mise en œuvre de réformes.
En dépit des récents mouvements sociaux puis du retrait du Contrat Première Embauche, les Français, à travers la dernière enquête Ifop/ Acteurs Publics démontrent, de manière peut-être inattendue, leur attachement aux réformes.
A rebours des discours décrivant une opinion frileuse voire hostile aux changements profonds, l’idée de réforme fait l’objet d’une légitimité plébiscitaire. Ainsi, 93% des personnes interrogées considèrent qu’il est urgent que des réformes soient entreprises aujourd’hui en France. Ce résultat massif frappe par son caractère homogène: il n’y a pas une catégorie socio-démographique au sein de laquelle l’urgence de réformer ne soit pas fortement majoritaire. Dans le même ordre d’idées, la nécessité d’entreprendre des réformes est exprimée de façon strictement équivalente (94%) par les sympathisants des trois principaux partis de gouvernement: le PS, l’UDF et l’UMP.
Par ailleurs, il convient de s’arrêter sur l’intensité des réponses. Ainsi, la part des Français estimant qu’il est «très urgent» de mener des réformes atteint 54%. En 2004*, interrogés sur la même problématique, seuls 36% des sondés partageaient ce sentiment de grande urgence liée à la mise en oeuvre de réformes.
Plus précisément, invités à désigner parmi quatre thématiques, le domaine nécessitant les changements les plus profonds, les personnes interrogées désignent à une majorité relative (41%) le droit du travail. Ce primat accordé à une des revendications majeures des syndicats patronaux constitue également le signe supplémentaire de la prégnance de thèmes connexes de l’emploi dans les préoccupations des Français.
Dans le détail des réponses, la réforme du droit du travail est mentionnée avec une intensité particulière par les personnes âgées de 50 à 64 ans, les indépendants et les employeurs (49%). A l’inverse, on ne dénote pas de nuance entre les salariés du secteur public et ceux du privé (43% auprès de ces deux segments).
Cette réforme du droit du travail devance en terme d’urgence celle de deux institutions à la croisée des chemins et dont toutes les enquêtes récentes ont révélé les fortes attentes de l’Opinion en termes d’évolution et de modernisation: l’Education Nationale (25%) et la Justice (22%). Notons que la demande d’une réforme urgente de l’Education est exprimée le plus fortement par son «public cible», à savoir les moins de 25 ans. En outre, du point de vue politique, le souhait de changements importants en matière d’éducation s’avère plus souvent le fait des sympathisants UMP (32%) que des proches du PS (22%).
Enfin, le désir de réformes urgentes ne porte pas réellement sur des thématiques constitutionnelles. En effet, seules 12% des personnes interrogées appellent de leurs vœux des réformes des institutions de la Vème République, pourtant réclamées par des acteurs situés à gauche comme à droite de l’échiquier politique.
La demande de réformes incarnées par Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.
Invités à positionner diverses personnalités politiques, notamment des candidats déclarés ou potentiels au prochain scrutin présidentiel, dans les camps de la réforme ou de l’immobilisme, les Français établissent une hiérarchie claire, indépendante non seulement du clivage gauche droite mais aussi de la classification «juillettiste» de l’Ordre et du Mouvement:
Ce sont les deux personnalités faisant pour l’instant la course en tête au sein de leur camp dans la perspective de l’élection présidentielle qui se détachent nettement. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal s’avèrent en effet les deux figures qui incarnent le plus la réforme aux yeux des Français et personnifient ainsi le renouvellement.
Nicolas Sarkozy apparaît ainsi comme un réformateur aux yeux de 76% des personnes interrogées, un score équivalent à celui mesuré en juillet 2004 (78%). Il convient de noter que l’inscription du Président de l’UMP dans le camp de la réforme n’est pas l’apanage des sympathisants de droite (84% et même 93% parmi les proches de l’UMP partagent cette opinion) dans la mesure où une majorité des sympathisants de gauche (69% et 72% chez les sympathisants du PS) exprime une perception similaire. Le ministre de l’Intérieur obtient par ailleurs ses scores les plus élevés parmi les personnes âgées de moins de 35 ans (80% voient en lui un réformateur) et les professions libérales et cadres supérieurs (80%).
Devancée de 11 points par Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal obtient néanmoins un score majoritaire, 65% des interviewés la classent dans le camp de la réforme, et surtout enregistre une nette progression par rapport à l’enquête de 2004 (+10 points). A nouveau, cette perception s’avère majoritaire à gauche comme à droite: 70% des sympathisants de gauche (77% des proches du PS) et 58% des sympathisants de droite (54% des proches de l’UMP) considèrent ainsi que la députée des Deux-Sèvres incarne la réforme. C’est auprès des retraités (68%) et des artisans et commerçants (72%) que la Présidente du Conseil régional de Poitou-Charente recueille ses meilleurs scores.
En dehors de ce duo de tête, Dominique de Villepin est le seul à bénéficier d’un solde «réforme – immobilisme» positif. Ainsi, 55% des personnes interrogées le considèrent comme un réformateur, contre 45% qui le classent dans le camp de l’immobilisme. Cette perception peut être considérée comme un «hommage» au volontarisme affiché par le Premier ministre dans sa mise en place du CNE puis dans sa défense du CPE.
Quatre personnalités constituent ensuite un «ventre mou», l’opinion apparaissant très partagée à leur sujet quant à leurs aptitude à incarner l’idée de réforme.
C’est le cas d’abord de Jean-Marie Le Pen : 49% le voient comme un réformateur, 50% le classant dans le camp de l’immobilisme. Ce score non négligeable ne signifie certes pas une adhésion à la nature du changement défendu par le Président du Front National mais témoigne de sa capacité à incarner le changement ou la rupture pour près d’un Français sur deux.
Toujours en milieu de classement, Jack Lang fait figure de réformateur pour 48% des interviewés, talonné par Dominique Strauss-Kahn (47%) et François Bayrou (45%). S’agissant de ces trois personnalités, quelques clivages apparaissent et permettent de nuancer les résultats exprimés par les Français dans leur ensemble. Ainsi, le clivage politique est particulièrement marqué concernant Jack Lang (60% des proches de la gauche le voient comme un réformateur, contre 34% des sympathisants de droite), il s’estompe quelque peu au sujet de Dominique Strauss-Kahn (52% à gauche et 42% à droite) et émerge encore plus faiblement pour le centriste François Bayrou (49% à gauche et 43% à droite).
Notons par ailleurs un clivage générationnel: Jack Lang obtient un score élevé auprès des jeunes (62% des personnes âgées de 18 à 24 ans le classent dans le camp de la réforme) alors que Dominique Strauss-Kahn et surtout François Bayrou sont perçus comme des réformateurs avant tout par les plus âgés (par respectivement 55% et 54% des personnes de plus de 65 ans).
En fin de classement, derrière Marie-George Buffet qui incarne la réforme aux yeux de 39% seulement des Français, arrivent trois anciens Premier Ministres. Ainsi, Alain Juppé n’est perçu comme un réformateur que par 36% des interviewés, Lionel Jospin par 34% d’entre eux, et Laurent Fabius 33%, une nette majorité les rangeant dans le camp de l’immobilisme.
Ces résultats témoignent de la difficulté pour les personnalités passées par Matignon et à ce titre directement en charge de la promotion et de la mise en œuvre de réformes, de gommer par la suite les effets de leurs éventuels reculs ou des insatisfactions que leurs actions réformatrices ont pu susciter. Tout se passe comme si l’opinion refusait toute seconde chance en matière de réformes à ceux qui ont déjà eu la possibilité de les mettre en place.
*Enquête Ifop réalisée du 29 au 30 juillet 2004 auprès d’un échantillon national représentatif de la population âgée de 18 ans et plus
Frédéric Dabi
Directeur du département d’Opinion Publique de l’Ifop.La perception de l’urgence de réformes en France
Question:Diriez-vous aujourd’hui qu’en France il est très urgent, assez urgent, pas vraiment urgent ou pas urgent du tout que des réformes soient entreprises ?
Rappel Juillet 2004* |
Ensemble |
|
TOTAL Urgent |
90 |
93 |
Très urgent |
36 |
54 |
Assez urgent |
54 |
39 |
TOTAL Pas urgent |
10 |
6 |
Pas vraiment urgent |
8 |
5 |
Pas urgent du tout |
2 |
1 |
- Ne se prononcent pas |
- |
1 |
TOTAL |
100 |
100 |
* Etude menée auprès d’un échantillon de 958 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, les 29 et 30 juillet 2004.
Les domaines nécessitant les réformes les plus urgentes
Question:Parmi les domaines suivants, quel est celui dans lequel il est le plus urgent, selon vous, de faire des réformes ?
Base: personnes déclarant qu’il est très ou assez urgent de réformer, soit 93% de l’échantillon. |
Ensemble |
Le droit du travail |
41 |
L’Education Nationale |
25 |
La Justice |
22 |
Les institutions de la Vème République |
12 |
- Ne se prononcent pas |
- |
TOTAL |
100 |
Le positionnement perçu de certaines personnalités politiques face aux réformes
Question:Si l’on devait classer les hommes politiques en deux camps, le camp de la réforme et le camp de l’immobilisme, dans lequel classeriez-vous chacune des personnalités suivantes ?
- Récapitulatif : le camp de la réforme -
Rappel Juillet 2004 |
Ensemble |
|
(%) |
(%) |
|
Nicolas Sarkozy |
78 |
76 |
Ségolène Royal |
55 |
65 |
Jean-Marie Le Pen |
38 |
49 |
Dominique Strauss-Kahn |
43 |
47 |
François Bayrou |
52 |
45 |
Laurent Fabius |
37 |
33 |
Le positionnement perçu de certaines personnalités politiques face aux réformes
Question:Si l’on devait classer les hommes politiques en deux camps, le camp de la réforme et le camp de l’immobilisme, dans lequel classeriez-vous chacune des personnalités suivantes ?
Camp de la réforme |
Camp de l’immobilisme |
Nsp |
TOTAL |
|
(%) |
(%) |
(%) |
(%) |
|
Nicolas Sarkozy |
76 |
24 |
- |
100 |
Ségolène Royal |
65 |
35 |
- |
100 |
Dominique de Villepin |
55 |
45 |
- |
100 |
Jean-Marie Le Pen |
49 |
50 |
1 |
100 |
Jack Lang |
48 |
52 |
- |
100 |
Dominique Strauss-Kahn |
47 |
51 |
2 |
100 |
François Bayrou |
45 |
54 |
1 |
100 |
Marie-George Buffet |
39 |
57 |
4 |
100 |
Alain Juppé |
36 |
63 |
1 |
100 |
Lionel Jospin |
34 |
66 |
- |
100 |
Laurent Fabius |
33 |
66 |
1 |
100 |
Fiche technique
Echantillon de 956 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées. Du 11 au 12 mai 2006.
| Contact : |
| Frédéric DABI |
| Département d'Opinion Publique |
| Tél : 33 (0)1 45 84 14 44 |
| Fax: 33 (0)1 45 85 59 39 |
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