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ETABLIR LA CONCERTATION ENTRE
EXPERTS ET GRAND PUBLIC
l'exemple des Conférences de consensus dans les problématiques d'Opinion publique

Anne PANIS-LELONG, Hélène VALADE-THONG

Bien qu’il soit au coeur de la problématique de l’innovation, le consommateur reste aujourd’hui assez largement écarté des démarches de développement de nouveaux produits et services. Les conférences publiques de consensus constituent une expérience unique de débat et d'échanges de vues entre des publics qu'opposent traditionnellement des langages, des intérêts et des niveaux de compétence très différenciés ; le grand public, les experts et les pouvoirs publics.
 

Consensus

Sollicité en amont ou en aval du processus d’innovation, son intégration à la démarche de développement elle-même se heurte à deux obstacles majeurs, auxquels les méthodologies d’étude traditionnelles ont du mal à remédier :

  • la barrière de "compétence" et de langage existant entre le consommateur et les professionnels de l’entreprise (en particulier les "techniciens" de la recherche et développement),

  • le relatif "conservatisme" de ce consommateur, qui n’appréhende bien entendu la nouveauté qu’à travers le champs de références dont il dispose, et qui a du mal à se projeter dans l’inconnu.

Or, face à la multiplication des "fausses" innovations ou des innovations "prétexte" rapidement sanctionnées par le marché, il semble bien que la clé de l’anticipation et de la vraie innovation réussie réside dans une inter-relation beaucoup plus étroite et active entre professionnels de l’entreprise d’une part et consommateurs d’autre part.

Dans ce contexte, l’exemple des "Conférences publiques de Consensus" mises en oeuvre dans plusieurs pays européens dans le cadre de problématiques d’opinion publique à forte dimension scientifique, nous offre un exemple particulièrement riche de potentialités.

En créant les conditions d’un débat à la fois ouvert et constructif entre des publics qu’opposent traditionnellement des langages, des intérêts et des niveaux de compétence extrêmement différenciés - les citoyens, les experts scientifiques, les pouvoirs publics - ces conférences ont en effet permis de réintégrer les citoyens dans des processus d’évaluation et de prise de décision complexes, jusqu’alors réservés aux publics experts, en leur donnant notamment les moyens de devenir une véritable force de proposition.

Etablir la concertation entre professionnels de l’entreprise et consommateurs : une clé dans les questions relatives à l’innovation

Le paradoxe de l’innovation en marketing : un consommateur au coeur de la problématique de l’innovation, mais peu et mal intégré à son processus

Qu’il s’agisse de produits de grande consommation, de biens d’équipement ou de services, que l’on mette en jeu ou non des avancées technologiques réelles, le consommateur se situe au coeur de la problématique de l’innovation.

Il semble aujourd’hui établi que le succès d’une innovation repose largement, si ce n’est essentiellement, sur l’existence d’un bénéfice réel pour le consommateur : ce dernier est devenu indifférent aux seules innovations technologiques, aux seuls effets d’annonce ou de nouveauté.

Les "fausses" innovations, les innovations "prétexte", mais aussi les innovations dont les bénéfices (même réels) ne seraient pas suffisamment explicites, sont ainsi de plus en plus rapidement écartées par le marché.

La logique voudrait donc que ce consommateur, qui sanctionnera in fine la qualité de la nouveauté qui lui est proposée, soit intégré le plus en amont possible dans le processus d’innovation. Or aujourd’hui encore, les processus d’innovation et la façon dont ils sont mis en oeuvre intègrent peu, et bien mal, le point de vue de ce consommateur.

Les processus d’innovation restent bien plus souvent motivés par des logiques entrepreneuriales que par l’écoute des consommateurs.

L’innovation se résume bien souvent à un cycle (certes vertueux) de réactions aux évolutions de la concurrence et du marché, et s’inscrit plus rarement dans une véritable logique d’anticipation des besoins et aspirations des consommateurs (d’où la légion de fausses innovations, d’innovations prétextes qui submergent bon nombre de marchés de grande consommation).

En parallèle, une lecture rapide de la presse professionnelle montre que l’on valorise plus souvent l’innovation en tant que vecteur de dynamisme et de motivation pour les publics internes de l’entreprise, que comme source de mieux être pour les consommateurs (ce dernier argument étant semble-t-il réservé aux seuls arguments publicitaires).

De plus, la place réservée aux consommateurs-usagers dans les processus d’innovation reste extrêmement modeste. Consultés en amont ou en aval du processus d’innovation pour éviter des erreurs d’orientation majeures et des investissements inutiles, ils sont en revanche très largement niés dans leur force de suggestion et de proposition (une négation qui ressemble même parfois à du mépris).

Un paradoxe qui s’appuie sur des barrières de langage et de "compétence"

Cet état de fait s’appuie bien entendu sur un ensemble de réalités, que les approches consommateur traditionnelles ont du mal à surmonter.

Tout d’abord, les consommateurs ont du mal à appréhender la nouveauté et ses apports, ou à être créatifs, dès lors que l’on ne s’inscrit pas dans des références ou des dynamiques proches ou prolongeant assez directement celles dont ils sont familiers (ces références étant largement dictés et entretenus par le marché lui-même). Dès lors, leurs schémas d’aspiration (motivations, besoins, attentes) ou de réactions (implication, adhésion, rejet) sont la plupart du temps, et légitimement, conformistes, car cohérents avec ce qu’ils connaissent et sont à même d’envisager.

Par ailleurs, les publics de l’entreprise, et en particulier les professionnels dépositaires de l’expertise et du savoir-faire technique, ont du mal à se départir (dès lors qu’il s’agit de leur univers produit) de leurs langages et logiques de professionnels ; ils sont le plus souvent déconnectés des réalités consommateurs, qu’ils ont du mal à appréhender "simplement".

Dès lors, la mission (et le challenge*) des études marketing se résume bien souvent dans les problématiques d’innovation, à établir une interface entre ces deux publics fondamentaux qui ne parlent pas le même langage. Comme l’illustre le schéma suivant, ces publics interviendront ainsi successivement dans les différentes étapes du processus de développement d’un nouveau produit, mais ne seront jamais amenés à communiquer directement.

ETUDE EXTERNE
OU INTERNE

Analyse des besoins et des attentes des consommateurs

ETUDE EXTERNE
OU INTERNE

Recherche créative, avec des individus spécialisés dans le type d'approche

DECOUVERTE
EN R&D

INTERFACE ETUDES
Communication des beoins et attentes des consommateurs à la Direction Marketing

INTERFACE MARKETING
Communcations des beoins et attentes conommateurs, des préconisations marketing à la R&D

 

Développement d'un nouveau concept, d'un nouveau produit par le Marketing et la R&D

Test de validité du nouveau concept / de la nouvelle offre produit auprès des consommateurs

(*) on peut à ce titre parler du "bilinguisme" indispensable aux praticiens des études de marché

Les méthodes mises en oeuvre intègrent ainsi l’incommunicabilité entre professionnels et consommateurs comme un fait acquis, incontournable, auquel on ne saurait remédier, sans jamais chercher à établir les conditions favorables à un dialogue entre ces deux publics fondamentaux de l’innovation.

En particulier, on cantonne le consommateur ou l’usager à un rôle de spectateur passif du processus d’innovation. On l’observe, on écoute ses griefs, sans pour autant considérer qu’il puisse développer une force de proposition pertinente ; on lui demande de statuer sur un concept ou une offre produit déjà formulés, sans lui donner les moyens de s’approprier les différentes facettes de l’innovation proposée.

Un paradoxe porteur d’effets pervers pour l’innovation

En soi, cette méthode ne serait pas insatisfaisante si elle ne comportait aucun risque de brider l’innovation. Mais il est clair que cette méthode est porteuse de ses propres limites, et qu’elle peut se révéler particulièrement réductrice.

Tout le problème réside bien entendu dans le fait de solliciter le consommateur dans son schéma de besoins et attentes actuelles (que ce soit en amont ou en aval), sans l’associer au développement du concept et sans lui permettre de se l’approprier.

D’une part cette logique tend perpétuer l’innovation dans le cycle limité de réactions et d’ajustements aux évolutions du marché que nous avons déjà évoqué, et donc à limiter le champs et la portée de l’innovation.

D’autre part, lorsque la logique d’anticipation est présente, on prend le risque de voir systématiquement écartés par les consommateurs des développements particulièrement innovants, inclassables dans les structures actuelles du marché, et dont les utilisateurs potentiels (dans le champs de leurs références actuelles) ont du mal à appréhender les apports : on sait bien ainsi qu’en France, si l’on avait suivi les études consommateurs traditionnelles, la Carte Bleue, les radio-messageries de poche, le premier monospace, et bien d’autres encore, n’auraient pas vu le jour.

D’où la tentation pour un certain nombre de professionnels (annonceurs, publicitaires), de ne pas faire intervenir le consommateur dans le processus d’évaluation de concepts, produits ou créations publicitaires innovants. On mise alors intégralement sur le savoir-faire des différents "professionnels" de l’innovation, pour proposer de nouveaux produits ou services adaptés aux besoins (parfois encore inexistants) des consommateurs.

On se situe alors dans le credo de la volonté, selon laquelle "le consommateur ne peut savoir ce dont il a besoin : la nouvelle offre qu’on va lui proposer générera d’elle-même les nouveaux besoins", et l’on prendra le parti de lancer le nouveau produit. Une philosophie qui peut coûter très cher ...

Dans un cas comme dans l’autre, la place réservée au consommateur dans le processus d’innovation nous semble inadaptée : on se coupe d’une force de proposition que l’on considère à priori comme défaillante, et que l’on ne se donne pas les moyens de capter.

Or la société fourmille d’exemples d’initiatives individuelles, d’expériences originales réussies de personnes privées, qui échappent aux logiques (elles aussi bien souvent trop "traditionnelles") des institutionnels et des professionnels, mais qui peuvent constituer des sources d’inspiration particulièrement riches et dynamiques. Le développement du secteur associatif en France en témoigne largement.

C’est pourquoi il nous semble important de réfléchir à de nouvelles approches, permettant d’élargir le champs et la portée de l’innovation, en intégrant la force de proposition des consommateurs.

Ces approches, qui viseront à privilégier les logiques anticipatives, devront nécessairement veiller :

  • à dépasser les univers produits proprement dits et leurs logiques actuelles, pour s’intéresser à l’ensemble des inspirations présentes dans la société, et en apprécier les implications dans leur globalité : en ce sens, on ne cantonnera pas le consommateur à sa fonction d’utilisateur, mais on l’intégrera dans son identité de consommateur-citoyen ;

  • à surmonter les traditionnelles contraintes de langage, de compétence, et de faculté à appréhender la nouveauté, qui sont autant de boulets pour la créativité,

  • à permettre aux consommateurs d’appréhender toutes les implications d’une innovation produit, et éventuellement d’en identifier d’autres, qui auraient échappé aux professionnels (détournement de la fonction initiale d’un produit par exemple).

Les "Conférences publiques de Consensus": un exemple unique de réintégration du grand public dans les "débats d’experts"

Il ne s’agit pas ici de dresser un panorama complet et exhaustif des vertus des Conférences Publiques de Consensus, ni de l’ensemble de leurs potentialités.

Aujourd’hui, les Conférences Publiques de Consensus sont de plus en plus largement répandues, mais aussi étudiées et médiatisées : elles apparaissent comme une nouvelle forme d’exercice de la démocratie, qui passionne les chercheurs en Science politique, et a le vent en poupe auprès des institutions de nombreux pays européens. A titre d’exemple, depuis l’introduction de cette démarche en France en 1998, plus de 20 conférences publiques de consensus ont déjà été réalisées, notamment dans le cadre des Etats généraux de la santé, sous le nom de "Forums nationaux citoyens".

Ce qui nous intéresse en tant que praticiens des études et du marketing, c’est que les Conférences publiques de consensus constituent jusqu’à présent une expérience unique de débat et d’échanges de vues entre des publics qu’opposent traditionnellement des langages, des intérêts et des niveaux de "compétence" très différenciés : le grand public, les experts (notamment les scientifiques) et les pouvoirs publics.

En particulier, la mise en oeuvre de ces conférences et les différentes étapes sur lesquelles elles s’appuient sont entièrement dédiés à la création des conditions nécessaires à l’établissement de ce débat.

En ce sens, les Conférences publiques de Consensus peuvent constituer une source d’inspiration importante pour nous donner enfin les moyens de réintégrer les consommateurs dans les processus d’innovation marketing, en dépassant les traditionnels clivages de compétence et de langage, et en établissant une véritable inter-relation entre la recherche et développement et le destinataire final.

 

La genèse des "Conférences publiques de Consensus" : réintégrer les citoyens dans des processus d’évaluation complexes

Les "Conférences publiques de Consensus" sont nées au Danemark en 1987 de la volonté de réintégrer les citoyens dans des processus d’évaluation et de prise de décision complexes, jusqu’alors réservés à des publics experts.

Ces conférences ont en effet tout d’abord été développées autour de problématiques d’opinion publique à fortes connotations scientifique, technologique ou éthique, souvent sujettes à controverse, et particulièrement difficiles à appréhender (dans leurs différents aspects, et notamment dans leurs implications pour la société civile) pour le grand public comme pour les experts : thérapie génique, animaux "technologiques", plantes biotechnologiques, OGM, traitement de l’infertilité ...

La mise en place de ces conférences répondait à un impératif majeur : créer les conditions d’un débat à la fois ouvert et constructif entre des publics - citoyens, experts scientifiques, pouvoirs publics - qu’opposent traditionnellement des langages, des intérêts et des niveaux de compétence extrêmement différenciés, et ce afin :

  • de clarifier les perceptions et les attitudes du grand public sur le sujet,

  • d’enrichir le point de vue des experts, en identifiant la façon dont s’établissent les enjeux auprès du public, les termes dans lesquels ils se posent, les dimensions de la vie quotidienne qu’ils mettent en jeu

  • de permettre au grand public de faire connaître son avis de manière argumentée,

  • de déterminer in fine (d’où l’appellation initiale de ces conférences) le niveau de consensus pouvant être atteint sur cette problématique complexe, au sein du grand public d’une part, du grand public et des experts d’autres part, d’identifier les points de convergence et de divergence.

Sur la base de l’exemple Danois, les Conférences publiques de Consensus se sont développées dans différents pays d’Europe du Nord (Pays-Bas, Angleterre, Allemagne), puis ont fait leur apparition en France en 1998. Elles ont ainsi apporté la preuve que leur démarche était adaptable à des contextes culturels différents.

Par ailleurs, la richesse de la démarche et des différentes étapes qui la composent ont rapidement conduit à un élargissement de ses champs d’application et de ses finalités.

Si les thématiques scientifiques et éthiques demeurent des thématiques centrales des Conférences de consensus, celles-ci sont également mises en oeuvre aujourd’hui autour de problématiques d’intérêt général (transports) ou de développements à venir (équipements touristiques).

Les 22 "Forums de citoyens" mis en oeuvre durant l’hiver 1999 dans le cadre des états généraux de la santé concernaient ainsi des sujets aussi divers que ....

De même, les objectifs de ces conférences peuvent aller de l’émergence d’un consensus, à la clarification des attentes et des préoccupations des citoyens, en passant par la réintégration des citoyens dans le processus démocratique, ou par la mise en avant d’un processus de concertation (que celui-ci soit réel ou démagogique).

Les différentes étapes de mise en oeuvre des "Conférences publiques de Consensus"

Comme nous l’avons déjà évoqué, la mise en oeuvre des Conférences de Consensus est entièrement dédiée à la création des conditions nécessaires à l’établissement d’un débat ouvert et constructif entre les citoyens et les experts / professionnels / pouvoirs publics.

Chacune des étapes qui la composent est fondamentale, car elle apporte une réponse précise aux différents obstacles qui pourraient venir entraver ou fausser ce débat.

Sous la responsabilité d’un comité de pilotage, qui doit impérativement se prémunir de tout ce qui pourrait ressembler (volontairement ou involontairement) à une tentative de manipulation ou de récupération (politique ou commerciale), sont mis en place :

  • un panel de citoyens, dits "profanes",

  • un panel d’experts.

Une fois ces panels constitués, un dispositif de "préparation" de la Conférence publique est organisé, qui permet de garantir le bon fonctionnement du débat.

Ce dispositif de préparation est essentiel, et fait partie intégrante de la Conférence publique : il constitue une clé essentielle d’implication des participants, de leur imprégnation aux différents aspects de la problématique, et donc de la qualité du débat. Il doit à ce titre être étroitement contrôlé par le comité de pilotage.

Les Conférences de consensus s’articulent ainsi autour des étapes suivantes.

1. Sélection des acteurs du débat

Constitution du panel de "profanes"

10 à 15 citoyens, n’ayant aucune connaissance particulière du sujet, mais recrutés de manière à illustrer les différents points de vue pouvant exister au sein du public (milieux diversifiés), et témoignant de capacités d’écoute et d’ouverture au débat.

Constitution d’un corpus de documentation relatif au sujet, couvrant les différents aspects du problème posé et de ses implications

Constitution du panel d’experts

10 à 12 experts reflétant des points de vue opposés ou des intérêts contradictoires, qui peuvent être aussi bien des personnes ayant des connaissances scientifiques ou professionnelles reconnues dans le domaine, que des personnes ayant des opinions ou des approches légitimées par leur appartenance à une organisation concernée par le sujet (ex : associations)

Choix d’un médiateur - animateur

Un professionnel expérimenté de la communication et de la gestion de groupe, mais non expert du sujet, qui aura pour tâche d’assister le panel de "profanes" dans la préparation de la conférence débat proprement dite, et d’être le président-animateur de cette dernière.

2. Formation du panel de profanes

Elle se déroule au cours de sessions de préparations organisés autour du médiateur-animateur et de l’intervention d’experts.

Préparation du panel à son rôle de "jury-citoyen"

  • Formation et entraînement au travail en équipe

  • Sensibilisation du panel à son rôle durant la conférence publique, à ses différentes missions

Acquisition des connaissances fondamentales sur le sujet par le panel de "profanes"

  • Lecture de la documentation relative au sujet, validée par le comité de pilotage
  • Formation des "profanes" aux différents aspects de la problématique, par des experts reflétant des points de vue opposés ou des intérêts contradictoires

Préparation de la conférence publique

  • Etablissement de la liste des questions principales et secondaires devant être posées aux experts lors de la conférence publique, et formulation des questions
  • Proposition pour la composition du panel d’experts de la conférence (sur la base d’une liste d’experts suggérée par le comité de pilotage), en fonction des questions formulées

3. Organisation de la Conférence Publique

Interrogation des experts par le panel de "profanes" au cours de la Conférence publique

Evaluation des réponses obtenues de la part des experts, et du débat suscité avec le public, et reformulation éventuelle de certaines questions

Rédaction d’un document final exposant :

  • le point de vue du panel de profanes sur les différents aspects de la problématique dont ils ont débattu, leurs points de convergence et de divergences
  • les recommandations éventuelles du panel de profanes

Présentation publique du rapport du panel de profanes, sur lequel les experts peuvent être amenés à réagir

Conférence de presse

Les "Conférences publiques de consensus" : des clés de fonctionnement qui méritent d’être prise en compte par les approches marketing, en particulier lorsqu’il s’agit d’innovation

Sans prétendre transposer directement la démarche des Conférences publiques de consensus à l’univers de l’innovation marketing, leurs principes fondateurs et les enseignements directs de leur mise en oeuvre nous paraissent riches d’enseignements, en particulier

  • la très grande attention qui doit être apportée à la sélection du panel des "profanes", et notamment du facteur de motivation, qui pourrait utilement nous inspirer pour les études qualitatives que nous réalisons quotidiennement,

  • le caractère primordial de la phase de préparation de la conférence, dans sa dimension de formation mais surtout d’imprégnation aux différents aspects de la problématique.

Un dialogue experts - grand public qui tient ses promesses

D’une part, ces conférences ont clairement établi qu’il était possible, dès lors que l’on s’en donnait les moyens, d’établir une communication bilatérale, productive et constructive entre des publics appartenant a priori à des mondes différents : les experts scientifiques et le grand public.

D’autre part, elles ont apporté la preuve que des citoyens "ordinaires", dûment éclairés, pouvaient apporter une contribution importante et enrichissante dans l’évaluation de questions complexes : à titre d’exemple, la conférence organisée dans le cadre des états généraux de la santé sur le thème "Bien vieillir en France aujourd’hui", a montré que cette problématique débordait largement les questions directement liées à la santé, et devait en particulier prendre en compte la question des conditions matérielles et financières de la retraite.

Au delà de la clarification de ses attentes et de ses aspirations, les conférences publiques de consensus donnent donc effectivement au grand public les moyens d’être une force de proposition et de suggestion.

Le recrutement et la sélection des participants : vers une meilleure prise en compte du facteur de la motivation ?

Le recrutement et la sélection du panel de profanes s’appuie sur des principes de base identiques à ceux qui prévalent pour les études qualitatives.

  • L’échantillonnage par type

    On ne cherche pas à être représentatif (au sens quantitatif du terme) d’une population de référence, mais à prendre en compte l’ensemble des postures, des logiques pouvant exister à l’égard du sujet étudié ; il conviendra donc d’identifier, a priori, tous les critères susceptibles d’induire des logiques de fonctionnement différentes par rapport au sujet.

    A titre d’exemple, les critères de sélection mis en oeuvre par l’IFOP pour la conférence sur les OGM visaient à couvrir la diversité sociologique de la France, en tenant compte de critères comme le sexe, l’âge, la profession, l’habitat, l’appartenance et la pratique religieuse, la proximité partisane, l’appartenance à des associations, mais aussi le rapport à la science et à la technologie, à travers le niveau d’équipement en nouvelles technologies, le niveau d’intérêt et la croyance en la science.

  • L’implication des personnes sélectionnées à l’égard du sujet

    Comme pour toute étude qualitative, elle est indispensable pour obtenir un débat suffisamment riche et approfondi ; dans le cas des conférences publiques, encore plus que pour des études qualitatives traditionnelles, il convient bien entendu de prendre toutes les précautions nécessaires pour écarter les personnes qui pourraient avoir des intérêts particuliers (politiques, militants, ou professionnels) à défendre

  • L’homogénéité des compétences par rapport au sujet (qui rejoint le point précédent)

    Il s’agit de sélectionner des personnes n’ayant aucune connaissance particulière du sujet, mais des niveaux d’information et d’expression équivalents (éviction des professionnels)

Mais les Conférences publiques de consensus diffèrent bien entendu des méthodes de recueil d’information qualitatives sur deux points majeurs, qui ont de nettes répercussions sur la sélection des personnes qui y participent.

D’une part, elles ont pour objet de mettre en oeuvre un débat entre les citoyens et les experts, auquel bien entendu chacun des citoyens sélectionné devra apporter sa contribution. Outre les critères précédemment énoncés, la sélection des participants intégrera donc nécessairement une évaluation de la capacité d’écoute des futurs participants, et de leur ouverture au débat.

D’autre part, ces conférences engagent bien entendu beaucoup plus nettement et personnellement les citoyens qui y participent, en leur imposant notamment un certain nombre de contraintes (weeks-end bloqués, lecture de documentation pouvant être implicantes). Le facteur de la motivation apparait donc comme une clé essentielle de la sélection de ces citoyens, et rend nécessaire une procédure de recrutement en deux étapes :

.1.
Recrutement de personnes se déclarant prêtes à participer
(cf recrutement qualitatif)
À .2.
Evaluation approfondie des personnes pré-sélectionnées sur les critères d’écoute, d’ouverture au débat, de schéma de motivation
À Sélection finale des 10 à 15 participants

Sur cette base, plusieurs modes de sélection des participants ont été développés en France ou à l’étranger : recrutements initiés par une démarche volontaire (annonce dans la presse, n¡ vert), recrutements sur la base de panels, de fichiers de recruteurs spécialisés, recrutements ad hoc.

La mise en oeuvre de différentes de ces méthodes dans le cadre des 22 "forums nationaux citoyens" des Etats Généraux de la Santé montre qu’en France, il est préférable de bannir les procédures uniquement basées sur le volontariat, qui touchent trop souvent des individus atypiques, souhaitant faire valoir des positions, et qui ne satisferont pas par la suite les critères d’écoute et d’ouverture au débat.

De fait, à l’occasion de chacun des recrutements de panels de citoyens effectués dans le cadre des conférences publiques de Consensus, l’IFOP a privilégié :

  • un recrutement ad hoc en face à face, permettant immédiatement une meilleure sensibilisation des futurs participants aux enjeux de la démarche,

  • une phase d’approfondissement du profil et des motivations des personnes pré-sélectionnées, menée individuellement par des psycho-sociologues.

Donner les moyens au grand public de devenir une force de proposition : l’importance de l’imprégnation

Le deuxième grand enseignement des Conférences publiques de consensus pour les approches marketing réside dans le caractère primordial de la phase de préparation de la conférence proprement dite.

C’est bien entendu la formation des citoyens aux différents aspects de la problématique, et notamment à ses aspects les plus techniques, qui offre la possibilité de les faire communiquer et débattre avec les experts.

Mais la richesse du processus de préparation des conférences dépasse largement cet aspect d’apprentissage formel. Il s’appuie en effet sur une véritable démarche d’imprégnation, qui permet aux participants de s’approprier les différents aspects de la problématique au fur et à mesure, et donc d’être à même d’en appréhender les implications.

Une fois de plus, les 22 Conférences réalisées en France dans le cadre des Etats Généraux de la santé ont révélé l’importance de cette phase de préparation, même lorsque le sujet de la Conférence n’était pas très technique. Ainsi, il apparaît que les panels de citoyens ont eu le sentiment d’aller beaucoup plus loin dans leur mission lorsque la préparation s’est déroulée sur plusieurs jours, spécialement dédiés à ce travail (week-ends par exemple), alors que ceux pour lesquels cette préparation s’était uniquement déroulée sur deux soirées en semaine (dans la foulée d’une journée de travail) ont exprimé des frustrations à l’égard de leur préparation.

CONCLUSIONS

L’exemple des Conférences publiques de Consensus dans les problématiques d’opinion publique montre clairement qu’il existe des méthodes efficaces pour éviter les écueils que rencontrent les approches consommateurs traditionnelles quand il s’agit d’innovation.

Il est possible de faire communiquer le grand public et les experts, dès lors que l’on s’attache à sélectionner et à former des participants impliqués (au sens intéressés par le sujet), ouverts à l’écoute et au débat

Il est possible de donner au grand public, et donc aux consommateurs, les moyens d’appréhender la nouveauté (y compris la plus complexe ou la plus révolutionnaire) dès lors qu’ils y sont préparés : il suffit de les former aux différents aspects de l’innovation étudiée, et de leur donner le temps de s’imprégner de ses différentes facettes.

Il est possible par là même, de faire d’un grand public réputé passif et conformiste, une force de proposition réelle.

En s’attachant à sélectionner des participants réellement intéressé par la démarche, mais aussi en leur donnant les moyens de s’imprégner du sujet, et de rendre compte de leur avis à part entière, c’est de fait le levier de l’implication qu’activent les Conférences publiques de consensus. Un levier qui pourrait être utilement intégré par les praticiens des études de marché, afin de réintégrer le consommateur dans les processus d’innovation eux-mêmes, mais également de mieux apprécier leurs motivations fondamentales.


 

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