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Sondage 12/07/2018

Les gays et le sexe : Actif / Passif, on refait le match ?

Observatoire de la vie sexuelle des hommes qui aiment les hommes 

Les gays et le sexe : Actif / Passif, on refait le match ?

Dans le cadre de son numéro spécial Sexe (n°16 – Juillet-Aout 2018), le journal d’actualité de la communauté LGBT Garçon Magazine publie le premier volet de son « observatoire de la vie sexuelle des hommes qui aiment les hommes ». Menée à partir d’un échantillon à la fois représentatif (méthode des quotas) et significatif (848 gays, bisexuels ou hétérosexuels exprimant une attirance sexuelle pour des hommes), cette enquête de l’Ifop permet de mesurer pour la première fois en France une variable structurant historiquement les rapports entre homosexuels, à savoir la proportion d’hommes se disant actifs ou passifs dans leurs rapports avec les hommes. Tendant à briser les idées reçues sur la sexualité gay, cette étude montre que si les relations érotiques entre hommes restent dominées par une polarité de genre arrimée à la division des rôles sexuels – les hommes « réceptifs » étant socialement codés comme féminins, les « actifs » comme masculins -, la « versatilité » est désormais la situation la plus courante chez les hommes qui aiment les hommes.

Rares sont les hommes à observer une stricte « rigidité de genre » dans leurs rapports avec les hommes

Contrairement aux idées reçues, rares sont les hommes qui aiment les hommes à avoir toujours respecté une stricte « rigidité de genre » dans leurs rapports sexuels avec des hommes :

▪   Seul un quart (25%) des gays déjà initiés sexuellement ont été exclusivement actifs (11%) ou passifs (14%) au cours de leur vie, les trois quarts d’entre eux (75%) ayant déjà alterné les deux rôles avec leurs différents partenaires sexuels.

 

▪   Et après divers essais et expériences au cours de leur vie, les gays sont certes actuellement plus nombreux à ne vouloir assumer qu’un seul rôle sexuel (37%) mais la grande majorité d’entre eux (63%) restent attachés à une forme d’interchangeabilité des rôles entre partenaires.

 

 

 

Actif / Passif : un modèle relationnel qui structure toujours les relations entre hommes

Si le principe d’interchangeabilité des rôles semble de plus en plus partagé, on observe toujours un fort attachement à l’organisation des relations entre hommes autour du modèle actif/passif :

▪   Dans leurs rapports sexuels avec des hommes, 41% des gays se disent majoritairement passifs, 31% strictement versatiles et 28% majoritairement actifs. A l’inverse, les hétéros curieux ayant déjà couché avec un homme sont moins nombreux à se dire majoritairement passifs (29%) que majoritairement actifs (46%), un quart (25%) se disant purement versatile. La répartition des bisexuels étant quant à elle très équilibrée : 36% de passifs, 35% d’actifs, 29% de versatiles au sens strict.

Et chez les hommes n’ayant joué qu’un seul rôle dans leur vie – soit 25% des gays et des bis ayant eu des rapports avec des hommes -, la disposition à changer de statut reste minoritaire : moins d’un tiers (31%) se disent disposés à changer un jour de statut et ceci quel que soit le rôle qu’ils sont habitués à jouer (29% chez ceux ayant été uniquement passifs, 32% chez ceux ayant été uniquement actifs).

 

 

 

Domination sexuelle = domination sociale ?

Dans la mesure où « l’opposition actif/passif, pénétrant/pénétré, identifie le rapport sexuel à un rapport de domination (le pénétrant étant le dominant) » (Pierre Bourdieu, 1998), il est intéressant de savoir si cette division des rôles sexuels entre hommes reflète également des disparités dans d’autres champs de la vie conjugale comme le niveau de revenus ou la répartition des tâches ménagères.

 

« Faire la femme » , au lit = « Faire la femme » dans le foyer ?

▪   Confirmant des études qualitatives sur le sujet, cette enquête montre en effet que les couples de même sexe ont tendance à répartir les tâches domestiques au sein du foyer en fonction des rôles perçus comme masculins ou féminins adoptés dans leur sexualité.

  

Actif : un statut qui reflète aussi une position de domination sociale

▪   Toutefois, cette inégale répartition des tâches ménagères tient peut-être aussi aux disparités sociales au sein du couple : les hommes ayant un rôle sexuel perçu comme « masculin / dominant » tendent à occuper des positions élevées dans la hiérarchie sociale.

 

 

 

Le point de vue de François Kraus de l’Ifop

Symptomatique de l’idéal de sexualité égalitaire et réciproque qui imprègne désormais aussi bien les couples hétérosexuels qu’homosexuels, la grande versatilité observée dans cette enquête remet en cause l’idée selon laquelle la sexualité homosexuelle ne pourrait s’inscrire qu’en suivant un script culturel hétérosexuel. Cette étude prouve qu’entre les deux pôles sexués actif/passif se situent désormais des situations intermédiaires qui nuancent le clivage « pénétrant/pénétré », « dominant/dominé » qui persiste dans les représentations sociales et culturelles associées à la sexualité gay.

Toutefois, même si elles sont sans doute moins figées que dans le passé, ces deux catégories d’identification renvoient toujours à des styles de comportement et de présentation de soi socialement codés comme masculin ou féminin. En cela, la division des rôles sexuels entre hommes ne se limite pas à la chambre à coucher : elle reflète aussi des disparités dans les différents champs de la vie conjugale, en premier lieu desquels la répartition des tâches domestiques perçues comme « féminines ».

Ainsi, même si les couples de même sexe s’inscrivent dans un modèle conjugal plus égalitaire dans la mesure où les deux membres de la dyade amoureuse occupent la même place dans la hiérarchie de genre, leur quotidien conjugal n’échappe pas aux rapports inégalitaires observés dans tous les couples.

François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle de l’Ifop »

Documents à télécharger

Les résultats de l'étude Le communiqué de presse

Méthodologie de recueil

Étude de l’Ifop pour Garçon Magazine réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 23 mai au 6 juin 2018 auprès d’un échantillon de 848 gays, bisexuels ou hétérosexuels exprimant une attirance sexuelle pour des hommes, extrait d’un échantillon global de 12 137 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. Le dispositif d’enquête est le même que celui ayant servi pour l’observatoire de l’homophobie réalisé pour la DILCRAH.

Votre interlocuteur

François Kraus Directeur de clientèle - Opinion & Stratégies d'Entreprises

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