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OBSERVATOIRE DES LGBTPHOBIES : État des lieux 2019

Quelle est ampleur des actes homophobes en France ? Qui sont les agresseurs ? Quel est l’impact de la LGBTphobie sur la vie des minorités sexuelles ? A quelques jours de la Journée mondiale de l’homophobie (17 mai), la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais a fait réaliser en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès et la DILCRAH une grande enquête permettant de mesurer l’ampleur des actes de harcèlement ou d’agression à caractère homophobe dont peuvent être victimes les LGBT.  Mené à partir d’un échantillon à la fois représentatif (méthode des quotas) et significatif (1 229 personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres), cet observatoire permet :

 

  • d’observer le niveau et l’évolution des différentes formes d’agressions homophobes (ex : agressions verbales, agressions physiques, agressions sexuelles, menaces d’outing) ainsi que des lieux où les risques d’exposition sont les plus élevés (ex : établissement, rue, travail,…) ;
  • de dessiner pour la première fois un portrait-robot des auteurs d’agressions homophobes, portait qui permet d’en savoir plus sur le contexte dans lequel ont lieu les violences physiques (nombre, sexe et âge des agresseurs), mais aussi des informations sur les caractéristiques physiques, ethniques ou culturelles des agresseurs qui relativisent quelque peu certains discours qui tendent à réduire l’homophobie à certaines minorités ;
  • d’évaluer l’impact que les agressions et les discriminations LGBTphobes peuvent avoir sur les déplacements au quotidien des LGBT, leur capacité à afficher leur couple dans l’espace public ou leur intention de déménager dans une autre ville ou un autre quartier. De même, elle montre pour la première fois en France à quel point les phénomènes d’exclusion, de mépris ou de stigmatisation envers les LGBT peuvent aggraver les risques de suicide dans une catégorie de Français où il est déjà trois fois plus élevé que la moyenne.

 

1) Des groupes de jeunes hommes à l’origine de la majorité des agressions

 

Un des principaux apports de cette étude est de dresser pour la première fois en France le portrait-robot des auteurs d’agressions physiques via les déclarations de leurs victimes qui ont notamment été invitées à décrire spontanément les caractéristiques de leurs agresseurs. Le contexte dans lequel ces violences physiques ont lieu apparaît ainsi caractérisé par les éléments suivants :

 

Les chiffres à retenir

 

  1. Dans la majorité des cas, l’agresseur est un homme (78%), de moins de 30 ans (75%), qui agit en groupe (61%) même si peu de victimes ont été rouées de coup par plusieurs personnes en même temps (21%) : généralement une personne se détache du groupe pour porter les coups.
  2. Les victimes donnent des informations sur les caractéristiques physiques, ethniques ou culturelles des agresseurs qui relativisent quelque peu les discours culturalistes tendant à réduire l’homophobie aux musulmans ou aux jeunes des quartier à forte concentration immigrée : seuls 6% des victimes décrivent leur agresseur comme « magrébins » et à peine 2% de couleur noire, signe que le degré d’ethnicisation des agressions reste assez faible.
  3. La résignation semble encore la réaction la plus répandue au regard du nombre limité de victimes d’agressions physiques ayant signalé les faits aux forces de l’ordre (27%) ou ayant déposé plainte officiellement (20%). Le recours aux associations d’aide aux victimes (ex : SOS Homophobie) constitue également une réaction assez rare (19%).

 

Le point de vue de l’Ifop

 

Alors que la récente agression d’une jeune trans par des manifestants anti-Bouteflika a suscité de vives polémiques sur le lien entre LGBTphobie et religion musulmane, les résultats de cette enquête battent quelque peu en brèche les idées reçues selon lesquelles la violence homophobe n’émanerait que de certains groupes ethniques ou culturels ne cachant pas leur hostilité à l’émancipation des femmes ou des minorités sexuelles. Certes, ces résultats mériteraient d’être approfondis et ils n’invalident pas les données de précédentes enquêtes qui avaient pu mettre en perspective la moindre acceptation de l’homosexualité chez les personnes de confession musulmane. Il n’en reste pas moins qu’ils obligent à relativiser la lecture ethnico-culturelle de l’homophobie portée par la droite radicale dans le cadre d’un discours « homonationaliste » défendant les droits des homosexuels pour stigmatiser les musulmans en général et, à l’intérieur de leurs frontières, les immigrés d’origine musulmane en particulier.

 

2) Un climat homophobe qui contraint nombre de LGBT à appliquer des stratégies de dissimulation dans l’espace public

 

Dans les lieux publics où le risque d’agression croît d’autant plus pour les LGBT qu’ils s’affichent comme tels, les minorités sexuelles ont tendance à appliquer dans leurs déplacements des stratégies d’invisibilité voir d’évitement de certains territoires ; un environnement trop homophobe pouvant même en amener à rechercher à vivre dans des espaces plus respectueux des sexualités minoritaires.

 

Les chiffres à retenir

 

  1. Les deux tiers des LGBT ont déjà évité de tenir la main (62%) ou d’embrasser (63%) un partenaire de même sexe en public, sachant que c’est parmi les récentes victimes d’une agression physique (78% à 80%) et les LGBT appartenant aux minorités ethniques (80% à 81%) que cette forme dissimulation de son identité sexuelle est la plus répandue.
  2. L’intériorisation du risque d’agression homophobe contraint également un nombre croissant de LGBT à adapter leurs déplacements dans l’espace public en évitant par exemple de se rendre dans certaines zones/rues (37%, +3 points en un an), de rentrer seuls à leur domicile (33%) ou d’adopter une tenue vestimentaire susceptible de révéler leurs préférences sexuelles (28%, +4 points).
  3. Le désir d’échapper à un entourage trop homophobe a déjà amené plus d’un(e) homosexuel(le) sur dix (12%) à changer de ville, le souhait d’en changer aujourd’hui pour cette raison (16% en moyenne) étant très fort dans les banlieues populaires (22%) et chez les LGBT de confession musulmane (50%).

 

Le point de vue de l’Ifop

 

Tout comme pour les violences faites aux femmes (ex : harcèlement de rue), l’impunité des agressions LGBTphobes contribue de manière indéniable à un sentiment d’insécurité  qui pousse les LGBT à adapter leurs déplacements quotidiens en dissimulant leur sexualité, à éviter les territoires les plus dangereux ou à changer de lieu de résidence : certains LGBT pouvant voir par exemple dans le centre-ville des grandes agglomérations un lieu d’émancipation où leur transgressions des normes en vigueur est moins sanctionnée socialement. L’impact de l’homophobie sur la vie quotidienne des LGBT et notamment sur leur possibilité d’afficher leur vie de couple comme les autres est donc très important, en particulier sur les victimes d’agressions qui intègrent plus que les autres les risques d’« insécurité sexuelle » auquel l’affichage de leur sexualité les expose.

 

3) Des agressions physiques qui fragilisent fortement l’état de santé mentale et psychologique des LGBT

 

Enfin, l’intérêt de cette étude est de mettre en lumière l’impact que ces diverses formes de stigmatisation sociale (ex : violence physique, injures verbales, discriminations…) ont sur la santé mentale des LGBT : l’exposition récente à une agression physique aggravant par exemple de manière conséquente la prévalence des situations de détresse psychologique ou de risques suicidaires.

 

Les chiffres à retenir

 

  1. 80% des LGBT agressés physiquement au cours des 12 derniers mois expriment actuellement un sentiment de désarroi en lien avec leur orientation sexuelle/identité de genre, soit une proportion deux fois supérieure à celle observée dans l’ensemble des minorités sexuelles (39%) ;
  2. 60% des LGBT victimes d’une agression physique dans l’année admettent avoir pensé à se suicider au cours des douze derniers mois, soit trois fois plus que chez les LGBT n’ayant jamais été agressés (18%) et douze fois plus que chez l’ensemble des Français (4,7%).
  3. 39% des LGBT ayant déjà fait l’objet d’une forme de discrimination ont déjà fait une tentative de suicide dans leur vie, soit une proportion beaucoup plus forte que les moyennes observées chez l’ensemble des populations LGBT (24%) ou au sein de la population générale (7,2%).

 

Le point de vue de l’Ifop

 

S’ils concordent avec les données de précédentes enquêtes qui mettaient déjà en lumière la plus grande fragilité des minorités sexuelles sur le plan psychologique, les indicateurs relatifs à la santé mentale des LGBT – tels que la dépression, les pensées suicidaires ou les tentatives de suicide  – montrent pour la première fois à quel point les attitudes agressives ou stigmatisantes dont ils peuvent être l’objet aggravent les risques de comportements suicidaires chez les LGBT alors même qu’ils y sont déjà trois fois plus exposés (24%) que la moyenne des Français (7%). L’accentuation des troubles de santé mentale que ces phénomènes génèrent tient sans doute au fait qu’ils accroissent chez les LGBT le stress « minoritaire » lié notamment à leur obligation de dissimuler leur identité et/ou à leur exposition à des manifestations hétérosexistes et LGBTphobes.

 

Le point de vue de François Kraus de l’Ifop

 

Au regard de la forte prévalence des risques de suicide chez les LGBT ayant été agressés ou discriminés, la lutte contre la LGBTphobie n’apparaît donc pas seulement comme un impératif moral, mais aussi comme un enjeu de santé publique : les phénomènes d’exclusion, de mépris ou de stigmatisation semblant nuire au bien-être des LGBT au point d’aggraver les causes habituelles des comportement suicidaire déjà élevés dans cette population plus fragile que la moyenne sur le plan psychologique. Plus largement, on note que les personnes transgressant le plus les normes corporelles assignées à leur genre (ex : hommes au style « féminin » selon les stéréotypes de genre) sont systématiquement plus exposés aux risques d’agression ou de discrimination, signe que les mécaniques de l’homophobie sont inséparables des injonctions sociales à se plier aux normes de genre.

 

François Kraus, directeur du pôle Genre, sexualités et santé sexuelle

Votre interlocuteur

François Kraus Directeur du pôle Politique / Actualités - Opinion & Stratégies d'Entreprises

Documents à télécharger

Les résultats Communiqué de Presse

Méthodologie de recueil

Enquête Ifop pour la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais réalisée en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès et la DILCRAH auprès d’un échantillon de 1 229 personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres, extrait d’un échantillon global de 13 346 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 12 au 24 avril 2019.

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