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LA POSITION DE L’OPINION PUBLIQUE SUR LA GPA ET LES QUESTIONS LGBT DANS LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE

Quelques semaines après la retransmission de « Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? » inspiré du livre éponyme de Marc-Olivier Fogiel retraçant le parcours de son couple dans la naissance par GPA de ses deux filles, la problématique de la GPA (Gestion Pour Autrui) revient dans les débats sociétaux qui animent les Français. Bien qu’absente de la campagne présidentielle, et toujours refusée par certains candidats, cette thématique bénéficie d’une évolution importante de l’opinion publique si l’on en juge par les résultats de cette enquête IFOP pour l’ADFH et TETU.

 

Réalisée par l’Ifop du 10 au 22 février 2022 auprès de 1 503 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, cette enquête s’avère riche en enseignements :

 

1. Un niveau d’adhésion historique à la légalisation de la GPA pour les couples hétérosexuels et homosexuels

 

Les Français n’ont jamais autant soutenu la légalisation de la GPA, qu’elle soit pour les couples hétérosexuels (75%) ou les couples homosexuels (59%), contre respectivement 60% et 41% en 2014.

 

A noter toutefois, le différentiel significatif entre la légalisation pour les deux types de couples qui traduit la persistance d’une certaine retenue des Français sur la question de la gestation pour autrui ouverte aux homosexuels. De fait, la droite et la droite nationale ont historiquement rejeté l’hypothèse d’une légalisation de la GPA, notamment pour les couples homosexuels. En témoigne la très faible adhésion des électeurs Zemmour (29% contre 59% pour l’ensemble des Français) ainsi que des électeurs Pécresse, qui sont tout de même 46% à soutenir la mesure. Ces chiffres ne semblent toutefois pas totalement corrélés aux prises de positions des différents candidats, puisque malgré l’opposition de Jean-Luc Mélenchon à la GPA « transformant le corps des femmes en outil de production d’êtres humains “, ses électeurs sont majoritairement favorables à la légalisation de la pratique pour les couples hétérosexuels (80%) et homosexuels (74%).

 

2. Un clivage notable sur la question de l’indemnisation des mères porteuses

 

Dans l’hypothèse de la légalisation du recours à la GPA en France, les Français sont encore partagés sur l’aspect pécunier du processus de recours à une mère porteuse. En effet, si une légèrement majorité des personnes interrogées refusent le principe d’une rémunération des mères porteuses (52%), une autre frange soutient cette compensation économique (48%), déplaçant la ligne de fracture dans l’opinion non plus sur le principe de la GPA mais sur ses modalités.

 

3. Une opposition stabilisée entre la gauche et la droite sur la question des droits des homosexuels

 

Les Français considèrent majoritairement que les candidats d’extrême-droite seraient moins favorables à des réformes en faveur des couples homosexuels. En effet, un Français sur deux juge que c’est le cas pour Marine Le Pen (50%) et davantage encore en ce qui concerne Éric Zemmour (59%), la première considérant qu’il fallait « supprimer »le mariage homosexuel et le second qu’il fut « une erreur motivée par la satisfaction des intérêts d’un « lobby gay »». En revanche, à droite, Valérie Pécresse qui aspirait à « démarier  les personnes ayant eu recours au mariage homosexuel souffre moins que les autres de ses déclarations passées car à peine plus d’un Français sur trois (36%) la considère comme n’adhérant pas aux réformes en faveur des couples homosexuels et des familles homoparentales. De l’autre côté de l’arc politique, les candidats de gauche sont eux davantage considérés comme étant favorables à des réformes ou à l’extension de droits pour les homosexuels : Jean-Luc Mélenchon (27%), Anne Hidalgo (27%) Yannick Jadot (23%), Fabien Roussel (22%). Enfin, le président sortant, élu notamment sur une ligne sociétale progressiste en 2017, est toujours considéré comme adhérant à de possibles réformes malgré une hausse de 10 points du jugement négatif des Français à ce sujet depuis 2016.

 

Pour autant, les électeurs ont souvent tendance, quand ils sont interrogés sur l’adhésion à de nouveaux droits homosexuels de leur candidat, à faire preuve d’une certaine subjectivité politique et à soutenir « leur » candidat sur le caractère « gay-friendly » de ses prises de positions, à l’exception notable des électeurs Zemmour. Le respect des droits homosexuels porte donc, quasi-unanimement, une connotation positive à travers tout le champ politique.

 

Lucas Ribeiro, assistant chargé d’études


 

Quels sont les ressorts de la banalisation de l’idée de l’homoparentalité ?

 

Pour cela, plusieurs temporalités doivent être prises en compte.

 

– Sur le long terme, elle tient tout d’abord à une plus grande acceptation sociale de l’homosexualité inhérente aux sociétés industrielles avancées affectées par la progression des valeurs « post-matérialistes » (Ronald Inglehart, The Silent Révolution, 1977) à la faveur du renouvellement générationnel, l’amélioration du niveau de vie et la hausse du degré d’instruction. Amorcée à partir des années 1970, cette profonde transformation des attitudes à l’égard des homosexuels s’illustre notamment à travers la proportion croissante de Français estimant que l’homosexualité est “une manière acceptable/comme une autre de vivre sa sexualité” : de 24% en 1973, celle-ci est passée à 54% de 1986 puis à 67% en 1996 pour finir à 85% en 2019 . Cette tendance n’a d’ailleurs rien de spécifique à l’hexagone : on la retrouve dans toute l’Europe de l’Ouest au regard des résultats des différents vagues de l’Eurobaromètre  ou de l’European Values Survey.

 

– Sur le moyen terme, les deux dernières décennies ont été aussi le théâtre d’une reconnaissance accrue des modèles parentaux sortant de la norme hétérosexuelle. En cela, l’officialisation des couples homosexuels par les lois de 1999 et de 2013 a fait évolué les représentations à l’égard d’homosexuels jusque-là souvent réduits à leur sexualité, ceci d’autant plus aisément que le climat d’opprobre entourant l’homosexualité les a longtemps incité à séparer strictement leur sexualité du reste de leur vie sociale. Or, la représentation de plus en plus fréquente des familles homoparentales, notamment lors du débat sur le « mariage pour tous », a contribué à changer l’image du couple homosexuel et à en faire un cadre légitime à l’établissement d’une famille .

 

Au regard de ce graphique, les débats autour du PACS à la fin des années 1990 (1999), du mariage gay au milieu des années 2000 (« mariage de Bègles ») puis de l’adoption en 2012/2013 ont bien eu un impact sur l’opinion publique : la reconnaissance de leurs droits sur le plan juridique se traduisant toujours ultérieurement par une plus grande reconnaissance sociale. Et ce regain d’acceptation de l’homoparentalité transparaît d’ailleurs bien à travers le degré d’adhésion au droit à l’adoption qui atteint un niveau inégalé : 57% en 2015 , soit 8 points de plus qu’au plus fort du débat autour de la loi Taubira (22-24 janvier 2013).

 

– Enfin, à court terme, si les neuf dernières années ayant suivi le vote de la loi Taubira ont vu l’opinion publique se décrisper sur tous les sujets relatifs à l’homoparentalité, il faut sans doute aussi y voir les effets politiques de la dernière élection présidentielle : les opposants à la PMA ayant été surreprésentés dans les rangs des grands perdants de l’élection (François Fillon, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan). Et depuis, les avis de différentes institutions comme le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) en 2017 sur la PMA ou de la Cour européenne des droits de l’homme sur la filiation des enfants nés à l’étranger par GPA (2019) n’ont pu que légitimer dans l’opinion ces revendications portées par les LGBT.

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Les résultats

Méthodologie de recueil

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 503 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus; La représentativité de l’échantillon global a été assurée par la méthode des quotas au regard:
- De critères sociodémographiques : sexe de l’individu ; âge de l’individu ;
- De critères socioprofessionnels : profession de l’individu ;
- De critères géographiques : région et taille de l’unité urbaine de la commune résidence. Ces quotas ont été définis à partir des données de l’INSEE pour la population âgée de 18 ans et plus résidant en métropole (Enquête Emploi 2017)
Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto administré en ligne du 10 au 22 février 2022

Vos interlocuteurs

François Kraus Directeur du pôle Politique / Actualités - Opinion & Stratégies d'Entreprises

Paul Cébille Chargé d’études - Opinion et Stratégies d’Entreprise

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L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 503 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus; La représentativité de l’échantillon global a été assurée par la méthode des quotas au regard:
- De critères sociodémographiques : sexe de l’individu ; âge de l’individu ;
- De critères socioprofessionnels : profession de l’individu ;
- De critères géographiques : région et taille de l’unité urbaine de la commune résidence. Ces quotas ont été définis à partir des données de l’INSEE pour la population âgée de 18 ans et plus résidant en métropole (Enquête Emploi 2017)
Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto administré en ligne du 10 au 22 février 2022

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