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Nettoyer, balayer, astiquer… La persistance des inégalités de genre en matière de partage des tâches ménagères

A l’occasion de l’anniversaire de l’éclatement de l’affaire Weinstein (octobre 2017)  qui a suscité  une prise de conscience du sexisme dans tous les domaines, le pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop a réalisé pour Consolab une grande enquête permettant de mesurer l’ampleur des inégalités de répartition des tâches domestiques entre les deux sexe en France et en Europe. Réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 5 026 Européennes (1004 Françaises, 1021 Espagnoles, 1000 Italiennes, 1004 Allemandes et 1001 Britanniques), cette enquête montre qu’en dépit d’un idéal de plus en plus égalitaire du partage des tâches ménagères, les inégalités de genre en la matière sont non seulement conséquentes mais qu’elles ne s’amenuisent que très lentement…

 

1 – L’inégale répartition des tâches ménagères : un symptôme du maintien des « privilèges masculins » dans la sphère domestique

 

Pour ce qui est du cœur des tâches domestiques que sont les tâches ménagères (ménage, cuisine, linge, courses), l’idéal d’égalité entre les sexes est clairement mis à mal au regard de la proportion d’Européennes déclarant en faire « plus » que leur conjoint : 75%, contre 21% qui disent en faire « à peu près autant » et seulement 4% qui se prévalent d’en faire « moins » que lui. Et cette différence de charge de travail aux dépens des femmes est loin d’être marginale dans la mesure où près d’une Européenne sur deux (49%) signale qu’elle en fait « beaucoup plus » que son conjoint actuel.

 

L’analyse comparée entre les différents pays tend à mettre en exergue le surcroît de tâches qui pèse sur les épaules des femmes vivant dans les pays méditerranéens où persiste une assignation de la femme à la sphère domestique. En effet, la proportion totale de femmes en faisant « plus » que leur conjoint est nettement plus forte dans un pays latin comme l’Italie (88%) que dans des pays de culture germanique ou anglo-saxonne comme l’Allemagne (69%) ou le Royaume-Uni (71%). L’Espagne et la France se situent quant à elles dans une position plutôt intermédiaire (73%), signe qu’au-delà du clivage Nord/Sud, il y a bien une singularité transalpine ressortant notamment dans la proportion exceptionnellement élevée d’Italiennes qui en font beaucoup plus que la moyenne (69%, contre 43 à 44% dans les autres pays).

 

 L’effet #Metoo semble quant à lui assez faible ou inégal. En effet, si la proportion de femmes en faisant « beaucoup plus » que leur conjoint a diminué de manière significative en Espagne (-7 points, à 44%) et au Royaume-Uni (-5 points, à 43%) depuis 2015, elle n’a quasiment pas changé en Italie (=, à 69%), en France (-1 point, à 44%) et en Allemagne (-2 points, à 44%).

 

2 – Un symptôme des inégalités de genre qui génère de plus en plus de disputes dans le couple

 

Près d’une Française sur deux admet qu’il lui arrive de se disputer avec son conjoint au sujet des tâches ménagères, soit une proportion en hausse continue depuis une quinzaine d’années : 48% rapportent des disputes à ce sujet en 2019, contre 46% en 2009 et 42% en 2005.

 

Et cette augmentation des conflits autour de ce sujet est loin d’être de nature épisodique ou occasionnelle… Au contraire, la proportion de Françaises déclarant se disputer régulièrement (« tout le temps » + « souvent ») à ce sujet a triplé entre 2005 (6%) et 2019 (15%).

 

L’analyse détaillée des données montre que c’est dans les générations les plus jeunes et/ou et durant la phase d’installation du couple que la contestation du modèle conjugal traditionnel est la plus forte. En effet, c’est dans les rangs des femmes de moins de 50 ans et des couples les plus récents (33% chez les femmes en couple depuis moins de 3 ans) que la proportion de disputes fréquentes à ce sujet est la plus élevée (ex : 27% chez les femmes moins de 30 ans, contre 8% chez celles ayant plus de 60 ans).

 

3 – Si les hommes acceptent désormais de prendre leur part, ils évitent soigneusement certaines tâches jugées peu nobles comme le nettoyage du linge ou de la maison

 

Lorsque l’on demande aux Françaises comment réagit le plus souvent leur conjoint lorsqu’il faut effectuer certaines tâches ménagères, une majorité d’entre-elles rapporte que leur compagnon évite ou essaye d’éviter les tâches impliquant de nettoyer le linge – moins d’un tiers en ont un qui effectue « sans rechigner » les changements de draps (33%), le tri du linge (27%) ou le repassage (15%)  – ou de laver l’intérieur de la maison : seules un tiers peuvent se targuer d’avoir un conjoint qui n’a pas de difficultés à laver des sols (35%) et des sanitaires (25%) ou encore à faire des poussières (25%). Sept femmes sur dix (71%) déplorent même que leur conjoint n’effectuent jamais le repassage du linge et près d’une sur deux se plaignent qu’il ne s’occupe jamais de laver les sols (45%), faire les poussières (53%), trier le linge (53%) ou laver les WC (52%).

 

Plus valorisées que le ménage stricto sensu, les tâches relatives à l’alimentation de la maison suscitent un peu moins de réticences dans la gent masculine si l’on en juge par la proportion de femmes à qui il arrive que le compagnon fasse la cuisine (73% dont 51% « sans rechigner »), fasse les courses alimentaires (83% dont 55% « sans rechigner ») ou s’occupe de la vaisselle après un repas (73% dont 51% « sans rechigner »).

 

Enfin, la sortie des poubelles apparaît comme un domaine réservé de la gente masculine : 91% des femmes interrogées signalent que leur conjoint sort les poubelles et les trois quarts d’entre elles précisent qui le fait sans résistance (75%).

 

4 – Contrairement aux idées reçues, les inégalités de répartition entre les deux sexes ne se réduisent que très lentement

 

La comparaison des données avec une étude réalisée en 2005 montre que la proportion d’hommes n’effectuant aucune tâche n’a quasiment pas bougé en une quinzaine d’années. 

 

Notons tout juste que la proportion d’hommes à qui il arrive de cuisiner a sensiblement augmenté depuis 2005 (+7 points), sans doute à cause de la valorisation de plus en plus forte de la cuisine au niveau médiatique. La participation des hommes dans les autres domaines testés évolue peu, à l’exception de ceux relatifs au linge : +10 points en ce qui concerne le changement des draps et 5 points en ce qui concerne le repassage.

Votre interlocuteur

François Kraus Directeur du pôle Politique / Actualités - Opinion & Stratégies d'Entreprises

Documents à télécharger

Présentation Interview de François Kraus

Méthodologie de recueil

Étude Ifop pour Consolab réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 15 avril 2019 auprès d’un échantillon de 5 026 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus résidant en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni.

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