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Topless, Summer body & body shaming : quand les diktats esthétiques et la pression sexuelle empêchent les femmes de se dénuder en été… ENQUÊTE AUPRÈS DES FRANÇAISES SUR LES FREINS À L’EXPOSITION DE LEUR CORPS SUR LES PLAGES ET DANS LES LIEUX PUBLICS EN ÉTÉ

Etude publiée à l’occasion de la journée mondiale du topless (26 août 2021)

 

Durant un été où l’actualité a été une nouvelle fois agitée par des débats relatifs à la liberté vestimentaire des femmes (ex : tenues des sportives aux J.O. de Tokyo, manifestations pour le port du burkini dans les piscines à Grenoble…), l’interpellation d’une Française topless dans un parc à Berlin et la manifestation pour le droit des femmes à prendre le soleil torse nu qu’elle a suscitée[1] ont eu le mérite de relancer le débat sur l’hyper-sexualisation des seins féminins, leur degré d’admissibilité sociale dans l’espace public et l’interdiction spécifique dont ils font l’objet dans les lieux dédiés aux bains de soleil (ex : parcs, piscines…). A l’occasion de la journée mondiale du topless (26 août), le pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop publie une enquête sur l’évolution de la pratique du monokini, l’ampleur des freins au topless dans les lieux dédiés aux bains de mer ou de soleil et, plus largement, les formes de « body shaming », de harcèlement et de « pression sexuelle » que les Françaises y subissent lorsqu’elles exposent tout ou partie de leur corps en été.

 

Réalisée pour Xcams Media, média digital spécialisé dans l’actualité des sexualités 2.0., cette étude menée auprès d’un échantillon représentatif de 1500 femmes montre que la pratique du topless a atteint cette année un niveau historiquement bas tout en mettant en exergue le rôle que le regard des hommes et la crainte des agressions jouent dans ce recul des dépoitraillements publics. Cette étude montre d’ailleurs comment, en les surexposant à des risques de harcèlement ou d’agression sexuelle, la sexualisation des différentes parties du corps féminin restreint encore fortement la liberté vestimentaire des Françaises dans les espaces dédiés aux bains de mer ou de soleil…

 

Les chiffres clés

1 – La pratique des seins nus atteint cette année un niveau historiquement bas : à peine 19% des Françaises enlèvent le haut sur les plages, contre 34% il y a douze ans (2009[2]). Et si on remonte aux années 80, grande époque du teint hâlé et du bronzage monoï, le recul de la pratique du topless est encore plus net : à peine 16% des femmes de moins de 50 ans s’y livrent aujourd’hui au moins occasionnellement, soit trois fois moins qu’il y a une petite quarantaine d’années (43% en 1984). 

2 – Signe que le regard d’autrui joue beaucoup dans ce voilement des poitrines féminines, le nombre d’adeptes du topless baisse surtout sur les plages publiques très fréquentées (19%, – 3 pts par rapport à 2019) alors qu’il progresse un peu sur les plages désertes (33%, +1 pt). Et pour beaucoup de femmes, le topless sur une plage ne se traduit que par un dévoilement limité de leurs seins : 37% l’ont fait allongées sur le ventre, contre 28% sur le dos et à peine 17% qui ont osé se promener seins nus.    

3 – Au total, aujourd’hui, seule une minorité de Françaises (40%) a déjà bronzé seins nus dans un lieu où ils étaient exposés au regard de personnes étrangères à leur entourage et elles sont à peine 12% à l’avoir fait ces trois dernières années. L’analyse du profil de ces adeptes du topless montre quant à elle qu’il s’agit pour beaucoup de femmes ayant une haute estime de leur capital physique et notamment des poitrines correspondant aux canons de beauté dominants.

4 – Si le premier motif avancé par l’ensemble des Françaises pour expliquer le couvrement de leur poitrine sur les plages est d’ordre sanitaire (53% avancent le risque encouru par leur peau), les jeunes de moins de 25 ans l’expliquent avant tout par des motifs d’ordre sécuritaire, à savoir la crainte d’être l’objet d’agression physique ou sexuelle (à 50%), de subir le regard concupiscent des hommes (à 48%) ou qu’une photo d’elles soit prise et publiée sur les réseaux sociaux (à 46%).

5 – Alors que la plage devrait être un espace propice au dévoilement serein des corps, cette étude révèle qu’une femme sur deux (49%) y redoute de faire l’objet de remarques désobligeantes sur au moins une partie de son corps. Sont principalement redoutées les critiques du ventre (35%), des fesses (26%) et de la poitrine (25%), soit les parties du corps faisant le plus l’objet du culte du « summer body ». Et pour beaucoup de femmes, il s’agit de plus que d’une crainte puisqu’une sur six (16%) a déjà fait l’objet d’au moins une remarque sur son corps.

6 – Une Française sur deux (49%) a déjà été victime d’une forme de harcèlement ou d’atteinte sexuelle sur la plage ou dans un lieu dédié aux bains. Ces atteintes vont même plus loin et peuvent prendre des formes très graves comme de l’exhibition forcée (19%), des menaces à caractère sexuel (9%), voire des attouchements (13%). C’est au total une Française sur quatre (25%) qui a été victime d’atteintes et d’agressions sexuelles dans un lieu dédié aux bains.

7 – Loin de l’image de détente et de plaisir associée à la plage, 39% des femmes sont conduites à y mettre en place des stratégies d’évitement de ces risques qui se manifestent de diverses manières : par la couverture de leur corps (23% des femmes l’ont déjà fait) ou par le fait de s’entourer d’autres personnes afin de rompre avec l’immobilisme reconnu comme un catalyseur du harcèlement (21%). Les stratégies d’évitement vont même jusqu’au renoncement du bain de mer en maillot de bain (22%), pourtant une des principales raisons pour lesquelles les plages sont fréquentées.

 

 

1 – LE TOPLESS, UNE PRATIQUE QUI ATTEINT CETTE ANNÉE UN SEUIL HISTORIQUEMENT BAS 

Un recul historique du monokini

Symbole de l’émancipation des femmes et de leur corps à partir des années 60, la pratique des seins nus enregistre cette année un nouveau recul historique : à peine 19% des Françaises enlèvent désormais leur haut sur les plages, contre 34% il y a douze ans (2009). Et si on remonte aux années 80, qui furent la grande époque du culte du teint hâlé et du bronzage monoï, le recul est encore plus net : à peine 16% des femmes de moins de 50 ans pratiquent aujourd’hui le topless au moins occasionnellement, soit trois fois moins qu’au milieu des années 80 (43% en 1984).

Certes, ce recul du monokini n’est pas spécifique à l’hexagone[3] mais le fait qu’il y soit désormais aussi peu pratiqué pose question lorsqu’on se rappelle que les Françaises furent les premières d’Europe à enlever le haut sur les plages au milieu des années 60 (1964)[4] et qu’elles sont aujourd’hui beaucoup moins nombreuses à le faire par exemple que leurs voisines espagnoles ou allemandes.

 

Une pratique que les femmes s’autorisent de moins en moins sur les plages fréquentées

Signe que le poids du regard des autres joue beaucoup dans ce revoilement des poitrines féminines, le nombre d’adeptes du topless baisse surtout sur les plages publiques très fréquentées (19%, – 3 pts par rapport à 2019) alors qu’il progresse légèrement dans les plages désertes (33%, +1 pt). Et pour beaucoup de femmes, le topless ne consiste d’ailleurs qu’en un dévoilement très limité des seins. En effet, si 37% des Françaises y ont déjà bronzé seins nus allongées sur le ventre, elles ne sont que 28% à l’avoir fait sur le dos et à peine 17% à avoir déjà osé se baigner ou se promener seins nus.

Quant aux autres lieux potentiellement dédiés aux bains de mer ou de soleil, ils offrent un cadre encore moins favorable à l’expérimentation du topless : à peine 10% des Françaises ont déjà bronzé seins nus dans des lacs / rivières (10%), des piscines publiques (4%) ou des parcs (3%) lorsqu’elles y étaient soumises au regard d’individus étrangers à leur entourage. Au-delà des freins d’ordre juridique, cet écart de pratique avec la plage tient sans doute au fait que celle-ci apparaît toujours comme le lieu du dévoilement des corps par excellence et donc où la nudité des seins y est la moins inappropriée.

 

2 – UNE PRATIQUE DE PLUS EN PLUS RÉSERVÉE AUX FEMMES D’UN CERTAIN NIVEAU SOCIAL ET/OU QUI CORRESPONDENT AUX NORMES PHYSICO-ESTHETIQUES DOMINANTES

Aujourd’hui, seule une minorité de Françaises (40%) déclarent avoir déjà bronzé seins nus dans un lieu dédié aux bains de mer ou de soleil alors que leur corps était exposé au regard de personnes étrangères à leur entourage et elles sont encore moins nombreuses (12%) à l’avoir fait ces trois dernières années. Et l’analyse du profil de ces adeptes récentes du topless – ces 12% qui en ont fait au moins une fois ces trois dernières années – apporte des renseignements précieux sur les éléments pouvant empêcher une femme de bronzer seins nus devant des personnes étrangères à son entourage.

La pratique du topless y apparaît en effet beaucoup plus répandue que la moyenne dans les rangs des femmes avec…

Un niveau social et culturel élevé si l’on en juge par la proportion beaucoup plus forte d’adeptes chez les cadres (21%, contre 12% des ouvrières) et les diplômées d’au moins un 2e cycle du supérieur (13%) contre 4% des femmes non diplômées). Ce différentiel tient sans doute aux différences de lieux de villégiature entre classes sociales, les catégories aisées prenant des bains de soleil dans des cadres (ex : plage déserte…) plus favorables au dévoilement des corps que les catégories populaires (ex : plage urbaine très fréquentée).

Une haute estime de leur capital physico-esthétique, sachant que les adeptes du monokini sont nettement sureprésentées dans les rangs des femmes se trouvant très jolies (36%, contre 4% des femmes qui ne se trouvent pas jolies), se disant « très satisfaites » de leur corps (21%, contre 9% des mécontentes) ou affichant un indice de masse corporelle « normal » (15%, contre 8% chez les femmes obèses). Il est vrai que correspondre aux canons de beauté dominants facilite toujours grandement le dévoilement de son corps en public ou en privé.

Des poitrines correspondant aux normes esthétiques en vigueur au regard du nombre d’adeptes chez les femmes « très satisfaites » de leurs seins (18%) ou ayant des prothèses mammaires (33%). De même, elles sont sureprésentées chez les femmes ayant des poitrines « ni trop petites, ni trop grandes » (13% pour les bonnets C, contre 8% et 9% pour les bonnets A et E+), confirmant le constat selon lequel ce sont les femmes ayant les seins les plus « socialement acceptables » qui sont les plus à même de les montrer (Kaufman, 1995).

Un environnement et un climat favorable aux bains de mer ou soleil.  En effet, dans le Sud-Est (18%) et le Sud-Ouest (17%), les femmes ont bien plus retiré le haut de leur maillot dans un espace dédié au bain de soleil ces dernières années que dans le Nord (6% en Normandie) ou à l’Est (8% pour la région Grand-Est). Le climat et la proximité des stations balnéaires chaudes joueraient donc très logiquement un rôle dans l’inclination à découvrir sa poitrine.

 

Le point de vue de François Kraus de l’Ifop

A une époque marquée par le culte de l’apparence et les images de corps parfaits sur les réseaux sociaux (ex : Instagram), la presse féminine ou les sites pornos, la crainte de ne pas répondre aux canons de beauté en vogue constitue un frein indéniable pour toutes celles qui ont intériorisé l’idée qu’il fallait un corps « irréprochable » pour se permettre de le montrer en public. Les caractéristiques des adeptes du topless – jeunesse, niveau social élevé, corps et poitrines correspondant aux normes esthétiques – convergent toutes autour du même profil : il s’agit avant tout de femmes qui, pour des raisons objectives ou subjectives, portent un regard suffisamment positif sur elles-mêmes pour prendre le risque de découvrir tout ou partie de leur corps en public.

 

3 – #METOO ON THE BEACH… QUAND LA PEUR DE L’AGRESSION SEXUELLE POUSSE LES JEUNES FEMMES A NE PLUS ENLEVER LE HAUT SUR LES PLAGES EN ETE

Si le poids des diktats esthétiques joue beaucoup dans la moindre exposition des seins féminins sur les plages en été, force est de constater que d’autres facteurs – de nature plus sanitaire et sécuritaire – sont également des freins considérables à la pratique du topless. Les résultats de l’étude fournissent en effet des renseignements précieux sur les raisons pour lesquelles les femmes n’enlèvent plus le haut sur les plages en été, raisons qui varient fortement en fonction des générations.

En effet, chez l’ensemble des Françaises, le premier motif avancé pour expliquer le couvrement des poitrines sur les plages est d’ordre sanitaire (53% avancent le risque que l’exposition au soleil fait encourir à leur peau), loin devant des raisons de nature plus sécuritaire comme peuvent l’être la crainte d’attirer des regards concupiscents (38%) ou une agression verbale, physique ou sexuelle (35%). En cela, cette enquête confirme l’impact des discours de mise en garde d’ordre médical qui, au fil des années, ont diffusé l’idée que le topless était une technique de bronzage « à risque ».

En revanche, chez les jeunes femmes qui n’ont pas fait de topless ces trois dernières années, le couvrement des corps s’explique avant tout par des motifs sécuritaires, signe que la « pression sexuelle » qui s’exerce sur elles toute l’année continue en été… En effet, les jeunes Françaises expliquent avant tout le couvrement de leurs poitrines par la crainte d’être l’objet d’agression physique ou sexuelle (à 50%), de subir le regard concupiscent des hommes (à 48%) et qu’une photo de soi soit prise et publiée sur les réseaux sociaux (à 46%), Enfin, les autres motifs importants invoqués par les jeunes femmes sont l’idée qu’exposer ses seins nus en public est un manque de respect (34%) et la crainte de recevoir des critiques négatives sur sa poitrine (30%).

C’est donc plus le regard des autres que le regard qu’elles portent sur elles-mêmes qui pousse les jeunes Françaises à moins se dévoiler aujourd’hui qu’hier.

 

Parmi les motifs de la pratique du topless on retrouve les arguments classiques qui sont le souhait d’afficher une peau bronzée sans marque du maillot (30% dont 40% chez les moins de 30 ans pour qui ce souhait prédomine), la sensation de plaisir à sentir cette partie du corps à l’air libre (29%) et le désir d’échapper à l’inconfort du haut de maillot de bain (25%). Notons que les jeunes de moins de 30 ans se distinguent en étant plus nombreuses à motiver leur pratique du topless par le souhait de « lutter contre la sexualisation des seins féminins qui impose de les cacher » (25%) et de montrer qu’elles sont des femmes libres et affranchies du regard des autres (16%).

Cependant, chez l’ensemble des Françaises, ces deux motivations d’ordre féministe restent marginales (11% à 12%) par rapport aux éléments d’ordre pratique ou esthétique, signe que les seins nus n’ont plus la portée symbolique qu’ils avaient à une époque (ex : les années 70) où ils pouvaient apparaître à certaines femmes comme un moyen de rappeler aux hommes que leurs corps et leur sexualité leur appartenaient.

 

Le point de vue de François Kraus de l’Ifop

En perdant une partie de leur caractère subversif tout en s’attirant des discours de mise en garde d’ordre médical, les dépoitraillements publics sur les plages en été apparaissent de moins en moins comme un symbole d’émancipation féminine et de plus en plus comme une technique de bronzage « à risque ». Mais la nature de ce risque n’est pas la même en fonction des générations. Alors que les femmes de plus de 50 ans y voient une source de danger pour leur peau, les jeunes de moins de 25 ans – qui sont aussi celles les plus exposées au harcèlement de rue (cf Enqête Virage 2015) – y voient avant tout une source potentielle d’agression, de harcèlement ou de pression sexuelle. En ne pratiquant pas le topless, ces jeunes femmes, qui sont aussi celles qui souscrivent aux stéréotypes morphologiques masculins, semblent donc avoir intériorisé les risques pesant sur toutes celles qui tentent de s’affranchir des injonctions à la « pudeur » imposées aux femmes dans les lieux publics.

 

4 – LA PLAGE, UN AUTRE LIEU DE MANIFESTATION DES REPRESENTATIONS SEXISTES DU CORPS DES FEMMES

Près d’une femme sur deux craint d’être victime de body shaming à la plage

Alors que la plage devrait être un espace propice au dévoilement serein des corps, cette étude révèle qu’une femme sur deux (49%) redoute de faire l’objet de remarques désobligeantes sur au moins une partie de son corps à la plage. Sont principalement redoutées les critiques du ventre (35%), des fesses (26%) et de la poitrine (25%), soit les parties du corps objets du culte du « summer body » et de l’injonction à la minceur et à la perfection. Et pour beaucoup de femmes, il s’agit de plus que d’une crainte puisqu’une sur six (16%) a déjà fait l’objet d’au moins une remarque sur son corps.

Le profil des femmes les plus touchées par le body shaming nous apprend que cet idéal de beauté imaginaire constitue un frein à leur épanouissement dans l’espace public, qu’il soit atteint ou pas. En effet, parmi les personnes particulièrement victimes de moqueries, on retrouve les femmes se considérant « très jolies » (35% contre 12% chez les femmes se déclarant dans la moyenne) ou « très satisfaites » de leur poitrine (20%). Dans le même temps, les femmes transgressant ces normes de beauté font également l’objet de remarques sur leur physique : 22% des femmes obèses et 27% des femmes à forte poitrine. Par ailleurs, les jeunes de moins de 25 ans (33%) et les musulmanes (43%) apparaissent également davantage ciblées.

 

Le point de vue de Louise Jussian de l’Ifop :

Ces remarques constituent la manifestation dans l’espace plage des injonctions au « summer body » entretenues par l’objectification sexuelle (E. Kant) présentée comme le phénomène au cours duquel un corps n’est plus perçu comme tel dans sa globalité, mais comme un objet morcelé et dépourvu d’âme. Ce processus identifié il y a plusieurs siècles se trouve fortement renforcé dans nos sociétés modernes au sein desquelles les stimuli visuels renvoyant à cette image du corps des femmes sont constants, d’autant plus avec l’apparition des réseaux sociaux. Et la plage, lieu de dévoilement des corps, voit s’opérer une amplification de ce phénomène, avec un corps davantage visible et objet d’une « hyper objectification ». L’objectification des corps participe aussi à la réduction de l’empathie à leur égard, tendant à une certaine dépossession du corps féminin et à une banalisation du harcèlement sexuel.

 

Harcèlement et atteintes sexuelles : la plage, un espace public comme les autres

Une Française sur deux (49%) a déjà été victime d’une forme de harcèlement ou d’atteinte sexuelle sur la plage ou dans un lieu dédié aux bains. Ce résultat révèle également que les femmes font l’objet des mêmes types de harcèlement sur ce lieu de détente que dans d’autres espaces publics comme la rue : par exemple, 33% ont déjà été regardées avec insistance, 32% ont été sifflées ou fait l’objet de gestes grossiers et 28% ont été abordées avec insistance malgré leur absence de consentement. Ces atteintes vont même plus loin et peuvent prendre des formes très graves comme de l’exhibition forcée (19%), des menaces à caractère sexuel (9%), voire même des attouchements (13%). C’est au total une Française sur quatre (25%) qui a été victime d’atteintes et d’agressions sexuelles dans un lieu dédié aux bains.

Dans le détail, deux types de populations féminines en sont davantage victimes : les plus jeunes, jugées plus vulnérables (60% des femmes de moins de 25 ans ont été victime de harcèlement), et les femmes musulmanes pour lesquelles la proportion de victimes s’élève à 70%.

Mais alors, pourquoi les femmes se trouvent, même sur la plage, victimes de cette « pression sexuelle » [5] ? Plusieurs raisons tenant à la particularité du lieu peuvent être avancées : d’abord le dévoilement des corps y est plus important qu’ailleurs, et ce dernier semble donner plus de prétexte à des formes de masculinité toxique de s’exprimer. Enfin, selon la sociologue Johanna Dagorn, l’immobilisme des femmes et des hommes sur les serviettes de plage tend à créer des contextes propices à la manifestation de la masculinité et au harcèlement.

Un sentiment d’insécurité sur les plages aboutissant à la mise en place de stratégies d’évitement

Loin de l’image de détente et de plaisir de la plage, 39% des femmes sont conduites à mettre en place des stratégies d’évitement de ces risques. Elles se manifestent de diverses manières : par la couverture de son corps (23% des femmes l’ont déjà fait) ou par le fait de s’entourer d’autres personnes afin de rompre avec l’immobilisme reconnu comme un catalyseur du harcèlement (21%). Les stratégies d’évitements vont même jusqu’au renoncement du bain de mer en maillot de bain, pourtant la raison principale pour laquelle les plages sont fréquentées (22%).

Ces contournements révèlent le sentiment d’insécurité ressenti par les femmes dans les lieux de bains, au point d’être contraintes de réfléchir à quand, comment, et avec qui s’y rendre. Tout cela a un impact direct sur la fréquentation féminine de ces lieux, dans la manière (en groupe plus que seule, avec des tenues plus couvrantes) et dans la fréquence.

 

Le point de vue de Louise Jussian de l’Ifop :

Alors que dans l’imaginaire collectif, la plage représente le symbole d’une trêve estivale et serait un îlot de paix, cette étude révèle que ce n’est pas le cas puisque s’y reflètent en réalité les tensions sexistes qui émaillent notre société. En effet, la pression pesant sur le corps des femmes et les différentes manifestations de body shaming créent un climat d’insécurité pour ces dernières. Au-delà de la moquerie et de remarques inutiles, déjà désagréables, les femmes peuvent faire l’objet d’harcèlement et d’agressions à caractère sexiste et sexuel. L’objectification sexuelle des corps et l’expression à outrance de la masculinité sur l’espace plage conduit les femmes à se positionner dans une forme d’autocontrainte et à adopter des stratégies de couvrement et de renoncement à certaines activités sociales. Cette étude révèle finalement que les femmes ne vivraient aussi librement la plage que les hommes.

François KRAUS, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle »

Louise JUSSIAN, chargée d’études

 

POUR CITER CETTE ETUDE, IL FAUT UTILISER A MINIMA LA FORMULATION SUIVANTE :

« Étude Ifop pour Xcams Media réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 7 au 8 juillet 2021 auprès d’un échantillon de 1 500 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 18 ans et plus. »

[1] Dan Hastings, Des femmes manifestent seins nus à Berlin pour leur droit à être topless comme les hommes, Au féminin, 12 juillet 2021.

[2] Étude Ifop réalisée pour TENA par téléphone du 24 au 28 avril 2009 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Données sur les femmes âgées de 18 à 50 ans.

[3] Dans une étude Ifop / VieHealthy réalisée du 11 au 15 avril 2019 auprès d’un échantillon de 5 000 femmes âgées de 18 ans et plus, l’Ifop observait une baisse de la pratique du topless dans la plupart de pays voisins, exception faite de l’Espagne où elle restait stable.

[4] Cf Christophe Granger, La saison des apparences, naissance des corps d’été Anamosa, 2017.

[5] François Kraus, « Deux ans après #MeToo : les violences sexistes et sexuelles au travail en Europe », Fondation Jean Jaurès.

Documents à télécharger

Les résultats Infographie

Méthodologie de recueil

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 510 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de
l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (âge et profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Les
interviews ont été réalisées par questionnaire auto administré en ligne du 7 au 8 juillet 2021

Vos interlocuteurs

François Kraus Directeur du pôle Politique / Actualités - Opinion & Stratégies d'Entreprises

Louise Jussian Chargée d'études - Département Opinion & Stratégies d'Entreprise

Chloé Tegny Chargée d’études - Opinion & Stratégies d’Entreprises

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L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 510 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de
l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (âge et profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Les
interviews ont été réalisées par questionnaire auto administré en ligne du 7 au 8 juillet 2021

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