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Analyse 19.12.2017

La pratique de la masturbation chez les femmes, la fin d’un tabou ?

Depuis sa fondation par le sociologue Jean Stoetzel (1938), l'Ifop a toujours entretenu d'étroites relations avec la sphère universitaire via les dispositifs d'études d’envergure menés par ses équipes pour des centres de recherche (CNRS, CEVIPOF...) ou les collaborations de ses experts dans des revues scientifiques (Revue française de sociologie, Revue française de science politique,...). Dans le cadre de la constitution prochaine de son expertise « Sexualités, vie affective et santé sexuelle », l'Ifop a le plaisir de vous faire part d’un nouveau cycle de collaborations avec des revues spécialisées sur ces sujets comme la revue Sexologies, la revue scientifique de la Fédération Française de Sexologie et de Santé Sexuelle.

Créée en 1992, Sexologies est l'organe officiel de l'European Federation of Sexology (EFS). Animée par Mireille Bonierbale (Rédactrice en chef), Robert Porto, Alain Giami et Marie Hélène Colson, cette revue publie trimestriellement des articles originaux et de synthèse sur la sexualité humaine, ses dysfonctionnements et leur prise en charge. Dans son numéro d’octobre/décembre (Vol. 26 - n° 4 - p. 191-1984), la revue Sexologies publie ainsi un article de François Kraus sur l’évolution de la pratique de la masturbation féminine en France intitulé « La pratique de la masturbation chez les femmes, la fin d’un tabou ? »

 

INTRODUCTION

En rappelant à son partenaire que « les hommes sont peut-être nécessaires à la procréation mais pas au plaisir » des femmes, l’actrice jouant Wonder Woman dans le premier blockbuster qui lui ait consacré a le don de faire sourire le public féminin… Mais dans ce type de film destiné au plus grand nombre, son propos est aussi symptomatique d’une nouvelle façon de représenter la sexualité féminine dans la culture de masse, nouvelle façon qui s’affranchit non seulement des préceptes moraux pesant traditionnellement sur la pratique de l’onanisme mais aussi des scripts sexuels présentant le coït, l’homme et son membre comme les seules sources légitimes du plaisir féminin. Or, ce changement des représentations d’une pratique pourtant longtemps taboue dans la gent féminine n’est pas circonscrit à l’univers du cinéma. Au regard des résultats d’une récente étude de l’Ifop (Ifop / Le-plaisir-feminin – Juin 2017), il va de pair avec une réelle banalisation de la masturbation dans la population féminine. Tordant le cou à certaines idées reçues sur l’onanisme, en particulier les clichés selon lesquels il ne serait réservé qu’à la gent masculine et aux femmes célibataires, cette étude mérite donc d’y porter attention tant les enseignements que l’on en retire s’avèrent significatifs d’une évolution du rapport des Françaises à la sexualité.

 

LE RÉSUMÉ DE L’ARTICLE

Longtemps taboue dans la gent féminine, la pratique de la masturbation tend à se banaliser sous l’effet d’un changement des représentations culturelles et des discours publics sur le sujet – par exemple dans le cinéma, la musique ou les séries TV – mais aussi d’un accès plus large des femmes à des supports d’excitation (ex : pornographie en ligne, livres érotiques) ou à des objets d’autostimulation (sextoys) plus adaptés aux attentes du public féminin. Symptomatique d’une évolution des normes culturelles pesant sur la sexualité féminine, cette capacité des femmes à assumer la part purement individuelle et compulsive de leur sexualité met en évidence leur plus grande aisance à admettre des pratiques ne se situant pas dans le cadre socialement acceptable du couple. Malgré un net rapprochement des comportements des deux sexes en la matière, la masturbation est toutefois encore loin de devenir une composante de leur répertoire sexuel aussi ordinaire que dans celui des hommes, ni une pratique admissible facilement à leur conjoint. La comparaison des activités autoérotiques des femmes en couple avec celles des femmes célibataires révèle en effet que l’onanisme se poursuit en couple pour nombre de femmes, comme substitut ou en parallèle des rapports sexuels conjugaux. Mais cette forme de plaisir solitaire est loin d’être assumée au sein du couple, en particulier par les femmes insatisfaites de leurs rapports conjugaux. Pour beaucoup de femmes en couple, la masturbation reste ainsi un sujet tabou, sans doute parce qu’elles craignent que cette pratique soit interprétée comme le signe de l’incapacité de leur partenaire à satisfaire leurs besoins. Le tabou autour de la masturbation féminine reste donc prégnant, non seulement chez les femmes qui peinent à dissocier sexualité et conjugalité mais aussi chez celles dont le couple donne des signes d’une sexualité défaillante.

 

RÉFERENCE

François Kraus, La pratique de la masturbation chez les femmes : la fin d’un tabou ? Sexologies, Vol. 26 - n° 4 - p. 191-1984, Octobre-Décembre 2017

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